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EXTRAITS RELEVÉS DANS LE LIVRE
“DOSSIER B… COMME BARBOUZES”
de Patrice CHAIROFF - AM éditions.

Les barbouzes ? Vous avez dit barbouzes?

(Avant, Pendant et Aprés...)

Roger Frey, alors ministre de l'Intérieur.

Déclaration devant l'Assemblée nationale le 7 mai 1966.

"Qu'est-ce qu'une police parallèle ? Si l'on veut dire une police non intégrée à la hiérarchie traditionnelle et réglementaire de l'Etat, qui instrumenterait illégalement et clandestinement, alors j'affirme solennellement une fois pour toutes - qu'il n'y a pas de police parallèle et qu'il faut que cessent ces calomnies odieuses, ces racontars déshonorants, ces histoires de barbouzes, qui, n'ont même plus le mérite d'être drôles.

Il faut que le pays sache qu'il n'y a en France que les forces régulières de la Sûreté Nationale, de la Préfecture de Police et de la Gendarmerie Nationale ».

Durant les dix premières années de son existence, c’est-à-dire de 1958 à 1968, le Service d’Action Civique eut l’appui total de Roger FREY qui régnait sur la place Beauvau
……. Sans équivoque, Roger Frey, cet "aventurier, qui aurait un excellent tailleur", dirigea la lutte entreprise contre I'O.A.S., tant en Algérie qu'en métropole, avant d'assurer, au lendemain de l'indépendance algérienne, la couverture du S.A.C. dans toutes ses activités para-légales, et à l'occasion franchement criminelles.

Les porteurs de la carte tricolore du Service d'Action Civique bénéficieront toujours de la mansuétude de la place Beauvau (siège du ministère de l'Intérieur, dont Frey fut le titulaire du 7 mai 1961 au 6 avril 1967).

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." Raymond Marcellin, alors ministre de l'Intérieur à R.T.L, le 7 juin 1969.

"Les barbouzes ? les polices parallèles ? C'est une légende qui a la vie dure. Pour ma part, je n'en tolérerai aucune."

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Georges Pompidou réponse à une question écrite de André Davoust, député de la Mayenne.

“... Il convient de mettre un terme avec la plus grande netteté, aux insinuations scandaleuses selon lesquelles le Gouvernement entretiendrait et emploierait des polices parallèles....”

Ce qui permet à Alain Dugrand et Jean-paul Riton, les deux journalistes marseillais de Libération de conclure :

Par quel heureux hasard un groupe para-militaire de plusieurs dizaines de personnes a-t-il pu saccager les Locaux du journal Libération et déambuler en plein centre de Marseille pendant six heures sans que les forces de police ne les signalent ou ne les interceptent ?

"... Evidemment, c'est Pompidou qui a raison. Il n'y a pas de polices parallèles en France. Et il n'y a pas de collusion entre ces milices et les services officiels. Autrement dit Pompidou est un menteur ..." (Libération du 25 mars 1974).

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Dans les Bouches-du-Rhône, Charles Pasqua a préparé le 13 mai 1958 en groupant autour de lui une poignée d'hommes décidés. bien armés, anciens du R.P.F., gaullistes bâtis à chaux et à sable, qui passent dix jours dans les caves de la place Félix-Baret, à Marseille, dans l'attente du mot de code "Résurrection" qui leur donnerait le feu vert pour la prise d'assaut de la préfecture. La victoire assurée, Charles Pasqua amène au S.A.C. tous ces hommes dont il fait des chefs de groupe. Jean Lucchinacci, Gilbert Vaniers Ange-Félix Calzi, Max-Antoine Orsoni, Jean Pinelli, constituent ainsi l'armature autour de laquelle se groupent bientôt des hommes aussi divers que Paul Gaillet, futur secrétaire fédéral de I'U.N.R., Gérard Kappé, Bernard Masiani, André Mouton et d'autres de moindre envergure

En une heure, je peux mobiliser deux mille homes armés à Paris”, déclarait Charles Pasqua (co-fondateur du SAC) au cours d’une réunion des chefs de groupe tenue à Paris en février 1970.

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Créé en 1947 par le Général de Gaulle, à l'aube de la guerre froide, le Rassemblement du Peuple Français, ou R.P.F., bénéficie immédiatement d'un recrutement très éclectique d'anciens et authentiques résistants fascinés par la personnalité de leur chef, démobilisés et déclassés, inaptes à toute réinsertion, purs aventuriers à l'affût de nouvelles possibilités.
Face à un prolétariat sorti épuisé de la Deuxième Guerre mondiale, mais organisé et demandant des comptes, ces petits groupes demeurent disponibles pour faire le coup de poing. voire le coup de feu, et jouer le rôle de bandes anticommunistes : "Une mythologie complaisante voudrait les faire passer pour des marginaux, des révoltés, des hors-la-loi ": il n'y a pas plus assimilés, plus fervents adeptes du système économique en vigueur, meilleurs défenseurs de l'ordre.

(3) Alain Jaubert, . Dossier D... comme Drogue, Editions Alain Moreau, 1973.

Le R.P.F. organise, le 7 avril 1947. un grand meeting à Strasbourg au cours duquel de Gaulle déclare qu' "il est temps que s'organise le Rassemblement du Peuple Français qui, dans le cadre des lois, va promouvoir et faire triompher par-dessus les différences des opinions, le grand effort de salut commun et de réforme profonde de l'Etat". L'organisation du R.P.F. reflète ce souci de couvrir l'ensemble des domaines qui affectent la vie sociale, économique et politique.

En ce printemps 1947 où le tripartisme (groupant démocrates-chrétiens, socialistes et communistes) est vacillant, c'est cet " ordre" que recherchent les puissances occidentales.
Le R.P.F. ne sera pas un parti politique classique mais bien un rassemblement populaire qui va constituer pour toute une période le pôle quasi exclusif de l'opposition de droite, quelquefois d'extrême droite. Dès les débuts du mouvement, son chef, le Général de Gaulle, abat les cartes à Chambéry, le 19 septembre 1948:
"... Nous sommes en marche pour prendre la place de ceux qui nous gouvernent..."

Il s'agit fondamentalement pour de Gaulle de créer un groupe de pression à son service.
Pour assurer cette prise du pouvoir, il faudra mener une offensive sur trois fronts : l'action politique, domaine réservé du général, la constitution de groupes d'action largement subventionnés par les magnats de l'industrie, disposant d'armes et de moyens de transport pour leurs expéditions punitives, et le noyautage des services essentiels de l'Etat.

Le Général de Gaulle paiera de sa personne, s'employant à discréditer la IVème République afin de hâter l'heure de la relève. Pour les basses Oeuvres, il délèguera ses pouvoirs à une équipe d'hommes liges qui ne le quittera guère durant l'aventure du R.P.F., la "traversée du désert", la tragédie algérienne et les derniers soubresauts du règne et dont il finira par être le prisonnier en raison même des secrets partagés.

Il s'agit en fait de mettre au point un système qui double le pouvoir légal et soit toujours prêt â accéder à la direction des affaires.

Des rumeurs ont fait état, à l'époque, de la formation d'un "shadow cabinet", cabinet fantôme plusieurs fois remanié et prêt en permanence à "assurer la relève", principale préoccupation de de Gaulle et de ses amis politiques.

Le SO (Service d’Ordre) assure non seulement la police intérieure du mouvement gaulliste mais pratique également une politique de harcèlement des mouvements de gauche.
Les militants du Parti Communiste, qui vendent à la criée l’Humanité Dimanche, sont traqués et rossés par des commandos qui n’hésitent guère à faire usage de leurs armes.

Quant à Dominique Ponchardier, le responsable du Service d'ordre du R.P.F., il est le frère de l'amiral Ponchardier qui se rendit célèbre durant la guerre d'Indochine par les méthodes inhabituelles et "musclées" de ses commandos. Sous le pseudonyme d'Antoine Dominique, et dans la série des "Gorilles", parue chez Plon, Dominique Ponchardier a romancé certaines des aventures du S.O, du R.P.F. Romancé et moralisé, bien sûr !

C'est à cette époque. au printemps 1947, qu'apparaissent les premiers adjoints de Dominique Ponchardier, en particulier Roger Frey (alors adjoint au responsable national du Service d'Ordre du R.P.F.), Paul Comiti qui devint le garde du corps du Général de Gaulle, Mathieu Mattei, cousin d'Alexandre Sanguinetti, Roger Barberot, Philippe Berrier, Paul Chassin et Jean Bernasconi, futur député U.D.R. La même année, Marcel Francisci apporte le concours actif de ses nombreux amis corses qui trouvent dans les activités musclées du R.P.F. un exutoire à leur dynamisme.

Toujours en 1947, Jacques Foccart devient le responsable du R.P.F. pour neuf départements de l'Ouest, un département du Nord et les Antilles.

Le S.O. du R.P.F. dispose très tôt d'une "Ecole de Formation des Cadres", installée à Saint-germain-en- Laye et placée sous la direction du colonel de Rancourt, assisté du capitaine Sambo. Un foudre de guerre, ce capitaine Sambo, et qui ne mâche guère ses mots
" ... J'exige des membres du Service d'Ordre du R.P.F. une obéissance aveugle et une abnégation totale. Je souhaite que l'on ait besoin de nous très bientôt, car pour moi, j'appelle de tous mes vœux la bagarre, seul moyen efficace pour clarifier la situation".

Certes, les cadres du mouvement gaulliste exigent beaucoup de leurs hommes maintenus en permanence sous pression - souvent sans raison précise - mais le trésorier n'est pas ladre et a l'escarcelle bien remplie.

Jean-claude Maudon, responsable du secteur du S.O. du R.P.F. de 1947 à 1949, raconte Témoignage recueilli le 4 fevrier 1974:

"... Ancien officier de Rhin et Danube, j'avais été démobilisé en 1946 et j'ai rejoint quelques mois plus tard Ie R.P.F. où un ami m'a fait affecter au Service d'Ordre. En quelques mois, j'étais devenu responsable de secteur. Je recevais chaque mois l'argent nécessaire a la paie de mes hommes directement de mon responsable départemental. ,à cette époque, chaque homme du S.O. percevait 12 000 francs par mois, plus une prime do 3000 francs lorsque le mois avait été "chaud".
Quinze mille francs de l'époque, cela représente entre 2 500 et 3000 francs 1974, mais, malgré cela, je n'ai cessé d'avoir des ennuis avec mes hommes car ils étaient sans cesse à l'affût de petits profits et n'hésitaient pas à tomber dans l'illégalité... "

L'exemple, il est vrai, vient de haut puisque le colonel de Rancourt est contraint de démissionner du R.P.F. en décembre 1948 pour détournement de fonds. Il sera remplacé par Gilbert Renault, plus connu sous le nom de " colonel Rémy ", l'ancien chef du réseau Confrérie Notre-Dame.

Mais l'argent n'est pas et ne sera jamais - un problème pour le S.O. du R.P.F.
Le financement est étroitement contrôlé par André Rives, dit Rives-Henrys, puis comte Rives-Henry: de Lavaysse, futur député U.D,R., condamné en 1974 dans l'affaire de la "Garantie Foncière". Le principal collaborateur de Rives-Henrys au sein du comité financier du R.P.F. est le futur ministre Jacques Baumel, qui, après avoir été Secrétaire général de I'U.N.R.-U.D.T. (1961-1963), deviendra " l'oreille du gouvernement".

André Rives-Henrys et Jacques Baumel feront la preuve de leur efficacité en effectuant la liaison avec les grandes entreprises françaises et internationales qui voient dans le R.P.F. une solution de rechange et la possibilité d'orienter vers la droite la politique française.

Dès février 1947, des contacts sont noués avec des personnalités aussi diverses que Noël, Administrateur de Rhône-Poulenc, de la compagnie Foncière de France et d'Esso-standard, Diethelm, Président-Directeur général de l'Urbaine, Pierre Boisai, Président du Bon Marche, Paul-Bernard Lebon, Secrétaire général de l'Union des Banques, Henri Jonas, Président du Crédit Lyonnais. Pigozzi, Directeur de Simca ou encore Marcel Dassault. dont le nom se trouve depuis cette date intimement lié au financement des réseaux gaullistes. Rives-Henrys et Jacques Baumel collaborent en permanence avec Richemond, alias Bozel. fils du Vice- Président du Conseil National du Patronat Français (C.N.P.F.), qui assure la liaison avec les organisations bancaires Internationales comme la " Morgan Guaranty Trust ", la "Banque Lazard Frères" la "Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie" . (B.N.C.I.) ou la " British and French Bank for Commerce and Industry ..".

Retrouvé en novembre 1973, un employé de la "Morgan Guaranty Trust ", qui travaillait à Londres en 1948/ 1949, devenu aujourd'hui l'un des responsables d'une banque américaine de la place de Paris, évoque son activité de l'époque :

" ... Un pactole de trois millions de dollars (près d'un milliard et demi d'anciens francs) avait été amassé à Londres par le B.C.R.A.(Bureau central de renseignements gaulliste) en dehors de toute comptabilité officielle et réparti dans différentes banques britanniques, en particulier la " Morgan" et la "Barclays Bank" ,.

Mon travail officiel à la . « Morgan Guaranty Trust » consistait en la visite de nos succursales " d'Europe continentale". A l'occasion de ces visites, je rapatriais en France et en Suisse des devises fortes que je remettais à des personnes de confiance du Service d'Ordre du R.P.F.
La sortie d'Angleterre - malgré un régime sévère - ne posait aucun problème car nous étions couverts par l'Intelligence Service.

Les amitiés nouées au combat clandestin durant la guerre étaient encore vivaces...
En ce qui me concerne, plus de 600,000 dollars (près de trois cents millions d'anciens francs) ont transité par mes soins...".

Cette masse financière permit au S.O. du R.P.F. de s'équiper de belle façon.
Selon Claude Angeli et Paul Gillet ("La Police dans la Politique" Grasset Paris) il..." comprenait 16.000 hommes, plus un certain nombre difficilement appréciable de nervis recrutés dans le Midi et des effectifs relativement importants dépendant du ministère de la Défense Nationale ".

Ma propre enquête, effectuée directement auprès des intéressés, donne des résultats à peu près identiques mais permet de cerner avec plus de précision le nombre des marginaux récupérés et la répartition très inégale de ces forces par régions. C'est ainsi que l'Est et le Midi de la France constituent de véritables pépinières pour le S.0. du R.P.F. dont les actions se situent, dans le meilleur des cas, à la limite extrême de la légalité.
A Marseille, par exemple, les hommes d'action de Simon Sabiani, chef local du " Parti Populaire Français " de Jacques Doriot, rescapés de l'épuration ou reconvertis à l'aide de faux certificats de Résistance, sont récupérés. Au " Bar des Amis", boulevard de Paris, l'officine de recrutement de I'A.O.P. fonctionne à plein. Claude-Laurent Massiani, Gilbert Faucheron et Jean-Marcel Laurent sélectionnent les candidats, et assurent les premiers frais, Claude-Laurent Massiani, qui exploite un restaurant réputé à Thionville. raconte :

" ... Je vous parle d'autant plus librement de cette période que j'ai totalement rompu avec mes anciens amis et que les faits sont amnistiés depuis longtemps! Vous savez, nous avions besoin d'hommes sûrs, décidés ayant fait leurs preuves, alors on ne pouvait pas se permettre d’être trop regardants.
Si le gars était qualifié, pas de problèmes. S'il était vraiment trop marqué dans la région, et c'était souvent le cas pour les mecs de Sabiani, on lui établissait un certificat de Résistance sur un réseau bidon, ou dont les archives étaient incontrôlables, et on l'expédiait dans une autre ville. Pour ce que nous coûtaient les certificats de Résistance . ! Ils étaient imprimés en Belgique et on les recevait par rames entières... Certes, on a eu quelques pépins, notamment avec quelques gars qui ont fini avec Loutrel (Pierrot le Fou), mais d'une façon générale les bavures ont été limitées. Nos meilleurs résultats, on les a obtenus avec les types du port. les dockers, les manœuvres. Des types durs, du solide. Chers, mais du solide et on s'en foutait car les caisses étaient pleines !..."

C'est avec ces hommes de main que le S.O. du R.P.F. se lance à Marseille, en octobre 1947, dans la bataille pour les élections municipales. Et celle-ci est chaude ! Michel Carlini, avocat, est le candidat du R.P.F. contre Jean Cristofol, communiste et Gaston Defferre, socialiste.
La campagne électorale est d'une brutalité rare, reléguant loin derrière la sauvagerie légendaire des réunions publiques du doriotiste Simon Sabiani.

L'avocat Carlini n'est guère difficile sur le choix des moyens, il ne l'est pas non plus sur celui des hommes.
A Marseille, on retrouvera les cadres du SO du RPF dans toutes ces activités illégales, mais également dans la Police Judiciaire, les Renseignements généraux, la D.S.T., le S.D.E.C.E. ou les réseaux Foccart.

En 1947, apparaissent les premières escarmouches de la " guerre froide ", qui va marquer tous les rapports internationaux au moins Jusqu'en 1954, année des accords de Genève. En France, le tripartisme regroupant socialistes, communistes et démocrates-chrétiens du M.R.P., éclate. Le Parti Communiste est exclu du Gouvernement ; la S.F.I.O. développe son anticommunisme, et c'est la scission syndicale de Force Ouvrière, favorisée par les influences américaines.
A Marseille, éclate une grève insurrectionnelle brisée par le ministre socialiste de l'Intérieur, Jules Moch. C'est dans cette ambiance que les élections vont se dérouler.

Les élections municipales marseillaises d'octobre 1947 devaient être gagnées par les gaullistes. A tout prix, comme Jules Orsini le confirme :

"...Les consignes de Paris étaient formelles : il fallait gagner, et nous étions directement intéressés à la réussite. Alors, on a réuni les amis, les amis des amis et on leur a annoncé la couleur : les réunions, vous les virez à la matraque, si la matraque ne suffit pas, vous sortez les Sten (pistolet mitrailleur anglais).

Si on est élu, on se charge de la couverture et de votre avenir. Si on est battu, on vous évacue...
Il y a eu de la casse. mais on a été élu..."


A l'automne 1948, après une série d'attentats, d'échanges de coups de feu qui firent trois morts et plusieurs dizaines de blessés, le S.O. du R.P.F. n'hésite pas à déclarer dans un communiqué daté du 1er octobre :

" ... On est déjà sorti de la légitimité ; si les communistes revenaient au gouvernement, on achèverait de sortir de la légalité ... "

Entre deux menaces, le S.O.. du R.P.F. poursuit le noyautage de l'appareil d'Etat. Trois objectifs prioritaires : la police, l'administration et l'armée.

L'artisan du noyautage de la police est le commissaire Jean Dides, que ses hommes appellent affectueusement " le grand Dides ". Entré dans la police comme agent en uniforme en 1936, Jean Dides devient inspecteur des Renseignements généraux en 1938.

Dides devient le théoricien de la lutte anticommuniste menée par le S.O. du R.P.F., car le mot d'ordre essentiel reste : casser les rouges.

Les textes de formation des militants sont pour le moins élémentaires ; "Nous voulons considérer que le Parti Communiste, danger national, doit être détruit. Nous voulons l'éclatement de son appareil, de ses moyens et, le cas échéant, de ses chefs de plan national ...

La France aurait dû : ou détruire le communisme, ou construire une contrepartie, c'est-à-dire un appareil adverse capable de contenir, et même de vaincre son appareil ...

On parle souvent, en temps de légalité, de l'appareil clandestin du Parti.

Il faudrait s'entendre sur ces mots : l'action communiste est toujours illégale, puisqu'elle tend au renversement du régime ... en tant que telle, elle est subversive et elle ne doit de pouvoir s'installer et travailler "en paix" qu'à la faiblesse ou à l'incompréhension de ce régime ...

Le R.P.F. est le principal obstacle à tout mouvement insurrectionnel révolutionnaire émanant des staliniens ...

Le Service d'Ordre du R.P.F. est le meilleur bastion contre toute tentative de force de l'extrême gauche ..."

Quant au contre-espionnage, la Direction de la Surveillance du Territoire ou D.S.T. est dirigée par Warin, dit Roger Wybot, qui place aux postes clés les hommes des réseaux gaullistes. Jacques Foccart, alias Binot, immatriculé dès 1942 comme "agent action" du B.C.R.A., est promu "chef de mission de première classe" en 1944 dans la même organisation, assimilé au grade de lieutenant-colonel. Le rôle de Jacques Foccart, qui à l'époque porte toujours son patronyme originel de Koch, dans le noyautage et l'infiltration de l'appareil d'Etat, s'avère déterminant.
Parallèlement son influence grandit au sein du S.O. du R.P.F., puis du R.P.F. tout court. Il devient successivement Président de la Commission des Territoires d'outre-mer du R.P.F. en 1948, puis délégué national du R.P.F. pour les territoires et départements d'outre-mer en 1949, et finalement Secrétaire général adjoint du R.P.F. en 1952.

Sous l'influence combinée de Jean Dides et de Jacques Foccart, le S.O. du R.P.F. va mettre en place une structure départementale extrêmement élaborée. Aimé Pieri, qui procéda à l'installation du S.O. du R.P.F. dans le département des Bouches-du-Rhône, témoigne:

"...Nous avons mis en oeuvre des moyens très importants car, suivant les instructions de Paris, il s'agissait de mettre au point une véritable organisation parallèle susceptible en cas de troubles de pallier à (sic) l'arrêt des services publics.
Nous avons donc installé un réseau complet de transmissions à l'échelon départemental à l'aide de matériel américain ; chaque groupe d'action disposait d'émetteurs-récepteurs SCR 300, les groupes étant reliés entre leurs divers éléments avec des SCR 536- 511. En outre, à la fédération départementale, nous disposions d'un émetteur qui permettait des liaisons grandes distances. Sur le plan armement, nous n'avions aucun problème car la Libération était toute proche. L'essentiel du matériel était constitué par des mitraillettes Sten, Thompson et Schmeisser, des pistolets Colt 45, P-38 et Luger, des fusils mitrailleurs Bren, B.A.R. et M.G. 42 et des grenades à profusion.
Les transports revêtaient pour nous une grande importance et chaque groupe disposait d'un dépôt de carburant très important ...

Pour nous, pas de problèmes, l'argent coulait à flots et nous étions prêts à sortir de la légalité pour descendre dans la rue ...

Le recrutement n'était pas gênant car nos hommes étaient bien payés et nous disposions d'assez d'idéalistes pour encadrer ces mercenaires, car il faut employer le mot, il ne s'agissait que de mercenaires ...

Souvent, nous avons regretté de n'être pas descendus dans la rue à la fin des années quarante, on aurait réglé le problème communiste et on aurait évité pas mal de casse, notamment l'Algérie et 1968 ...

Oui, je vous assure que si j'ai des regrets pour l'action passée, je n'en ai qu'un et c'est bien que le patron, le général De Gaulle. ne nous ait pas donné le feu vert ».


Un autre responsable du S.O. du R.P.F. de Nice décrit ainsi l'organisation mise au point dans sa ville par Philippe Alfonsi, le chef local des groupes "action" :

. ... « Et je vous dirai que ce travail, qui est somme toute fastidieux, nous a été extrêmement utile dans les années qui ont suivi le retour au pouvoir du Général De Gaulle ...''

Dans ce fichage systématique on retrouve une constante des réseaux gaullistes animés par Jacques Foccart, qui en outre fera dresser un fichier complet de toutes les personnalités influentes. Ces fiches contiendront les seuls renseignements qui comptent.
.......
Pour financer l'activité de ces réseaux du S.O. du R.P.F, l'argent versé par les trusts ne suffit pas et on met au point une politique d'autofinancement par l'intermédiaire de sociétés d'import-export du type S.A.F.I.E.X., B.L.E.M. ou CO.RE.CO.
............
Cent bons du Trésor, vierges, sont dérobés, puis d'autres quelques mois plus tard.
Arrêté, jeté en prison, Jo Renucci se contente de déclarer :

"... J'ai rencontré Dordain, mais c'était pour recevoir des fonds pour alimenter la caisse d'une organisation politique..." ;

Et il sera remis en liberté provisoire.

Une procédure, une façon d'agir, elle aussi caractéristique des réseaux Foccart.

L'activité du mouvement gaulliste, et celle de son Service d'ordre, décline régulièrement jusqu'en 1953.
En mars de cette année-là, le Général De Gaulle reconnaît lors du Congrès national du R.P.F. que :
" le régime a été plus fort que nous mais que le mouvement gaulliste existe pour être le recours du pays dans le danger ..."

Quelques mois plus tard, il donne sa fameuse " conférence de presse de novembre " au cours de laquelle il annonce la mise en veilleuse du R.P.F. avec une de ces formules ambiguës dont il a le secret :
"...J'ai décidé d'arracher le Rassemblement à l'activité du régime ..."

C'est le début de la "traversée du désert" pour l'ermite de Colombey, mais le travail ne cesse pas pour les activistes du S.O. du R.P.F.

Plus d'opérations coups de poings spectaculaires, mais l'intensification de l'infiltration, du noyautage de l'appareil d'Etat à tous les niveaux afin de préparer la venue de jours meilleurs.

Sur les bancs du Parlement, dans les couloirs des différents ministères, par la courroie de transmission du "Centre National des Républicains sociaux ( Nom sous lequel se regroupent les fidèles de De Gaulle à partir de janvier 1954. Parmi les membres de sa direction, on peut citer Frey, Debré, Chaban-Delmas (ministre des Travaux publics des Transports et du Tourisme de Mendès France en 1954-1955 ; puis ministre d'Etat de Guy Mollet en 1956-1957 et enfin de la Défense nationale de Félix Gaillard en 1957-1959), Christian Fouchet (ministre des Affaires marocaines et tunisiennes de Mendès France en 1954-1955) et Raymond Triboulet (ministre des Anciens Combattants et Victimes de la guerre d'Edgar Faure en 1955)
grâce aux hommes du R.P.F. devenus ministres ou secrétaires d'Etat, un lent travail de sape se développe pendant quatre années, parallèlement à la préparation du coup d'Etat militaire à Alger.

Roger Wybot est toujours directeur de la D.S.T., Chaban-Delmas est ministre de la Défense nationale et Léon Delbecque son "chargé de mission", Olivier Guichard est chef des services de presse du C.E.A. (Commissariat à l'Energie Atomique), Jacques Soustelle a été parachuté en janvier 1955 gouverneur général en Algérie.
Pour tous les barons du gaullisme le but est précis : saper le régime et permettre le retour de De Gaulle à la direction des affaires.

Pendant ce temps, la IVème République se discrédite un peu plus tous les jours (Gaullistes et communistes unirent très souvent lors forces,).

Le Général De Gaulle déclare en 1953 :

" ... Il n'y a aucun doute que la stagnation et l'immobilisme actuel n'ont aucun avenir. Nous existons pour être le recours du pays dans le danger ..."

Une fois de plus le S.O. du R.P.F. marche à la pointe du combat.
Dans un ouvrage romancé (Antoine Dominique, "Le Gorille en révolution"., Plon, Paris, 1960.), un des chefs des barbouzes gauchistes, Dominique Ponchardier, a conté les péripéties et la préparation en métropole du retour au pouvoir de de Gaulle. Les pseudonymes utilisés sont transparents.

En métropole et en Algérie, Léon Delbecque, infatigable, anime une équipe d'agitateurs gaullistes comme Lucien Neuwirth, le colonel Thomazo dit: "Nez de Cuir ", L'Hostis, Henri Ribeaud ou Vinciguerra, qui préparent avec succès le coup d'Etat du 13 mai 1958.

Léon Delbecque, l’œil des gauchistes en Algérie, effectue en cinq mois 27 fois le voyage d'Alger, ce qui lui permet d'affirmer dès juillet 1958 :

"... Il est exact que j'ai été l'organisateur du mouvement du 13 mai. Aux fonctions que j'occupais, je me suis arrangé pour être au bon endroit, au bon moment, pour détourner vers le Général De Gaulle ce soulèvement qui devait se produire".

L'activité de Léon Delbecque lui vaut d'être surnommé "le Naujocks français" par Christian Fouchet que De Gaulle venait de nommer ambassadeur au Danemark.

Avec le retour du Général De Gaulle au pouvoir, ses hommes parvenus au leviers de commande vont pouvoir donner une apparence légale aux troupes qui les ont déjà si bien servis.

1958 voit la naissance officielle et la déclaration à la Préfecture de Police d'une association sans but lucratif. régie par la loi du 1er juillet 1901, le " Service d'Action Civique", association portée sur les fonts baptismaux par l’inévitable Jacques Foccart, Roger Frey, Jean Bozzi, Dominique Ponchardier, Paul Comiti, Alexandre Sanguinetti et Charles Pasqua

( Jacques Foccart, secrétaire général du R.P.F. en 1954 était conseiller de l'Union Française depuis le 10 juillet 1952.
Il devint président de la Commission de Politique Générale en 1954
.
Roger Frey, secrétaire général des Républicains Sociaux depuis 1955, siégeait également à l'Assemblée de l'Union Française depuis 1952. Jean Bozzi se trouvait dans l'administration préfectorale, Ponchardler était responsable du S.O. du R.P.F. Sanguinetti dans les affaires (voir " Dossier S... comme Sanguinetti ", de Jean Montaldo, paru dans la même collection en 1973) Quant à Charles Pasqua, Il était représentant de commerce de la société
Ricard
.).

La première tâche des fondateurs du S.A.C. est de reprendre en main les sections locales du S.O. du R.P.F. galvanisées par la réussite du 13 mai, et de ranimer certains groupes demeurés apathiques dans quelques départements.

En Corse, Jean Bozzi fait merveille assisté de François d'Anfriani, de Pascal Lucchini, d'Ange Simonpieri, de Jérôme Lucchinacci et de Pierre Mariani. Ces six hommes se partagent le département et en font un des points forts de la jeune organisation.

Dans les Bouches-du-Rhône, Charles Pasqua a préparé le 13 mai en groupant autour de lui une poignée d'hommes décidés. bien armés, anciens du R.P.F., gaullistes bâtis à chaux et à sable, qui passent dix jours dans les caves de la place Félix-Baret, à Marseille, dans l'attente du mot de code "Résurrection" qui leur donnerait le feu vert pour la prise d'assaut de la préfecture. La victoire assurée, Charles Pasqua amène au S.A.C. tous ces hommes dont il fait des chefs de groupe. Jean Lucchinacci, Gilbert Vaniers Ange-Félix Calzi, Max-Antoine Orsoni, Jean Pinelli, constituent ainsi l'armature autour de laquelle se groupent bientôt des hommes aussi divers que Paul Gaillet, futur secrétaire fédéral de I'U.N.R., Gérard Kappé, Bernard Masiani, André Mouton et d'autres de moindre envergure.

Officiellement, le rôle du S.A.C. consiste à protéger les personnalités gaullistes lors des voyages officiels des réunions publiques, etc. En pratique, il en va tout autrement. Dès sa création, il devient évident qu'il s'agit de constituer dans la coulisse "en réserve de la République" quelques troupes de choc susceptibles d'être utilisées en cas de nécessité.

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Dès 1958, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti, ''Dominique Ponchardier et Charles Pasqua décident de lancer le S.A.C. dans la lutte contre le F.L.N. algérien dont la willaya métropolitaine accumulait les actes de terrorisme. Dans l'esprit de ses artisans, la lutte contre le F.L.N. devait s'engager sur deux plans : infiltration et répression. Pour cette tâche, les gaullistes "purs et durs" sont à peine suffisants pour assurer l'encadrement des réseaux. Il faut donc faire appel à une "main-d'œuvre extérieure", c'est-à-dire recruter dans ce qu'il est convenu d'appeler le "milieu" par l'intermédiaire de truands partageant les mêmes amitiés politiques ou les mêmes intérêts. L'appât est toujours le même, celui utilisé par les services spéciaux du monde entier : aux petites escarpes, aux jeunes truands aux dents longues, sont proposés un casier judiciaire vierge et des rentrées de fonds maximums dans un minimum de temps. En contrepartie, on exige seulement d'avoir la gâchette ou la matraque facile, de ne point être trop torturé par sa conscience et d'obéir sans discuter aux ordres reçus. Le contrat est jugé intéressant par certains, à tel point même qu'ils deviennent eux-mêmes des agents recruteurs acharnés, n'hésitant pas à contacter en prison certains "clients" potentiels et à les en extraire si l'agrément est obtenu, comme l'illustre le témoignage de Jean-Baptiste C... (Témoignage recueilli le 6 décembre 1973) :

"... Durant l'été 1958, je purgeais une peine de prison à la Maison d'arrêt des Baumettes, à Marseille. J'avais "pris" cinq ans et j'avais une instruction en cours pour une seconde affaire d'attaque à main armée. J'ai été contacté par un avocat marseillais qui m'a demandé si, en échange de ma libération, j'acceptais de m'enrôler dans un mouvement clandestin de lutte contre le F.L.N. ... Ma foi, cette proposition avait tout pour plaire, en tout cas pour me plaire : d'abord je me tirais d'une situation difficile et puis les arabes j'ai jamais aimé alors c'était tout bénéfice !... J'ai dit O.K. On m'a d'abord transféré à Aix- en Provence, et puis à la Santé, à Paris. Là un avocat parisien est venu me voir et m'a mis le marché en main .
Je rejoignais un mouvement clandestin, d'accord, mais qui en fait était une sorte de police parallèle.
Notre travail devait être double : tout d'abord infiltrer les réseaux F.L.N. en métropole en nous faisant passer pour des sympathisants d'extrême gauche, et ensuite effectuer toutes les tâches dont la police officielle ne pouvait se charger, en particulier la liquidation physique de certains éléments.
En échange, on m'offrait la liberté immédiate, un salaire élevé plus des primes et, à la fin de la mission, un casier Judiciaire vierge et l'extinction des poursuites en cours.
Quarante-huit heures plus tard. j'étais libre. Deux personnes m'attendaient au bar "A la bonne santé", situé rue de la Santé à Paris, juste en face de la prison. je n'eus que la rue à traverser. En fait le travail commençait immédiatement. On m'a muni d'un faux passeport et d'un faux permis de conduire, d'une carte de police périmée depuis six mois, d'un permis de port d'arme en bonne et due forme valable pour un Walther P-38, du P-38 en question avec des munitions en quantité et de deux numéros de téléphone à Paris, l'un valable pour la journée, l'autre pour la nuit. Je faisais équipe avec quatre autres personnes, dont une était un inspecteur principal des Renseignements généraux placé pour la circonstance en congé de maladie.
Notre travail n'avait rien à faire avec l'infiltration dont d'autres groupes se chargeaient.
Pour nous. iI s'agissait de créer de toutes pièces des vendettas, des règlements de comptes interminables entre F.L.N. et M.N.A. et de procéder à des exécutions sommaires. En ce qui concerne la rivalité F.L.N./M.NA, rien n'était plus facile : on arrivait le soir avec une ou deux voitures dans le quartier arabe de la Porte d'Aix. à Marseille, ou à la Goutte d'Or ou à Barbès, a Paris, on s'arrêtait devant un café maure repéré à l'avance et on lâchait une ou deux grenades accompagnées de quelques rafales de mitraillette. Ca suffisait et le lendemain les représailles commençaient d'elles-mêmes ... Y a eu également du boulot moins sympathique.
Mais nos employeurs étaient coulants et chaque fois qu'on mettait la main sur un collecteur de fonds, on fadait (partager) à cinq, car même le flic ne faisait pas la fine gueule ! Et les embrouilles étaient vite réglées dans l'ensemble. Bref, d'une façon générale, nos patrons du S.A.C. ont été corrects à part le lait qu'on n'a jamais vu les casiers judiciaires vierges.!
En septembre 1960, on nous a dit que le boulot était terminé et on nous a remis une forte somme en liquide, on nous a retiré les ports d'armes et les cartes de flic périmées et on nous a laissé le flingue comme souvenir avec en prime notre jeu de faux papiers et une carte du S.A.C. tricolore ... Il était temps car on commençait a en avoir marre de ce boulot..."

L'activité anti-F.L.N. du Service d'Action Civique ne dure guère en effet qu'une vingtaine de mois, à la suite desquels, la politique du pouvoir ayant changé, il faut lever de nouvelles troupes pour lutter contre une nouvelle subversion, en majorité européenne celle-là : I'O.A.S. Les mêmes hommes, recrutés dans les mêmes bas-fonds, sont réutilisés et les fonds secrets permettent de vaincre bien des réticences.

C'est dans ce combat de l'ombre que s'illustrent le ministre de l'Intérieur de l'époque, Roger Frey et ses collaborateurs officiels, comme Alexandre Sanguinetti, ou parallèles, mais tout aussi efficaces, comme Lucien Bitterlin (Animateur de l'Association France-pays Arabes et auteur de l'Histoire des Barbouzes, 1972) Dominique Ponchardier ou Paul Comiti.

Sans équivoque, Roger Frey, cet "aventurier, qui aurait un excellent tailleur", dirigea la lutte entreprise contre I'O.A.S., tant en Algérie qu'en métropole, avant d'assurer, au lendemain de l'indépendance algérienne, la couverture du S.A.C. dans toutes ses activités para-légales, et à l'occasion franchement criminelles.

Les porteurs de la carte tricolore du Service d'Action Civique bénéficieront toujours de la mansuétude de la place Beauvau (siège du ministère de l'Intérieur, dont Frey fut le titulaire du 7 mai 1961 au 6 avril 1967).
Il est vrai que les truands, bien encadrés par des militants gaullistes dévoués, forment une police parallèle bien plus souple et bien plus efficace que la police officielle.

Le S.A.C. participe notamment en 1963 à l'enlèvement du colonel Argoud, à l'hôtel Eden-Wolf de Munich, à l'affaire Ben Barka et finalement au scandale Markovitch.
En pratique, c'est l'affaire Ben Barka qui va marquer un tournant décisif dans les activités du Service d'Action Civique.

L'enlèvement de Mehdi Ben Barka (octobre 1965) en plein Paris, et le roman-feuilleton qui s'ensuivit, provoquèrent la mise à l'écart de toute une série de responsables des services parallèles et la perte totale de crédibilité de la part de nombre d'autres à tous les échelons.
Insensiblement, les chefs barbouzes du 5 de la rue de Solferino voient leurs possibilités de pression se restreindre. Les moyens mis à leur disposition s'amenuiser.
Leurs protecteurs et leurs commanditaires commencent à se demander s'il est vraiment nécessaire de continuer à garder le contact avec des hommes de main non seulement peu efficaces, mais de plus en plus gênants.

Le tournant se précise dès les premiers mois de 1966, lorsqu'en février, Christian David, dit "le beau Serge", abat, au bar Saint-clair, rue d'Armaille, à Paris 17e, le commissaire Galibert, et blesse grièvement deux de ses adjoints, Gouzier et Gibeaux.

Malgré la mauvaise volonté officielle, caractérisée par des pressions, des ralentissements de l'enquête, des dissimulations de dossiers, des noms qui apparaissent ( Les pressions du Parquet et de la Chancellerie durant l'instruction de l'affaire Ben Barka (1965) ont été rendues publiques en décembre 1974 par le Syndicat de la Magistrature) puis disparaissent, certains policiers honnêtes vont utiliser cette "bavure" pour mener une offensive contre ces truands qui bénéficient d'une quasi-impunité du fait de leurs activités au sein des réseaux parallèles.

En 1966 et 1967, les activités du S.A.C. sont de routine : cambriolages, enlèvements, menaces de mort, tentatives de meurtre, escroqueries, bref, rien de très nouveau.

En mai 1968, le pouvoir affolé se tourne une nouvelle fois vers ceux que l'on désire oublier dès qu'on les a utilisés, ceux qui savent si bien se rendre indispensables pour animer les réseaux mis en place : Michel Debré, André Fanton, Jacques Foccart, Dominique Ponchardier. Me Pierre Lemarchand et consorts.

C'est avec ces hommes et leurs séides que la France prépare ses stades cinq ans avant le Chili du général Pinochet !

Le 13 mai 1968, une réunion extrêmement importante se tient dans un appartement du boulevard de Magenta, à Paris, devenu depuis une des centrales des réseaux Foccart. Y participent Jacques Foccart, le capitaine Guillebert du S.D.E.C.E., le commissaire divisionnaire Andérani de la D.S.T., Jean-charles Larriaga, chargé de mission du S.A.C., et Paul Renouvin, représentant Christian Fouchet, alors ministre de l'Intérieur. C'est au cours de cette réunion qu'est accepté le ralliement à la cause gaulliste de divers groupes d'extrême droite et de certains de leurs animateurs.

Des l'explosion de mai 1968, les hommes du S.A.C. jouent à fond leur carte. A dire vrai, ils sont les seuls à demeurer disponibles, quand les rats quittent le navire.
...
Le Service d'Action Civique se voit concurrencer sur sa droite par les "Comités de défenses de la République". Devant cette menace, les éléments durs du S.A.C. se font les avocats de mesures extrêmes, y compris la transformation du service en un groupe anti-terroriste, à qui cela ne pose pas de gros problèmes : le service "renseignements" et le service "action", indispensables à un tel groupement, existent déjà, les armes sont abondantes. Il suffit que l'argent afflue, que la couverture soit efficace et le tour est joué.
Pour obtenir gain de cause, ce groupe de pression, avec Michel Debré, Roger Frey, Jacques Foccart et Alexandre Sanguinetti à sa tête, va répandre dans les sphères du pouvoir la thèse suivant laquelle la France est gangrenée à tous les niveaux, et qu'il convient de trancher dans le vif .

D'où les demandes accrues de fonds pour financer frais de mission, voyages, stages, achats d'immeubles, véhicules, et, but suprême, un journal quotidien plus crédible que La Nation.

Puis la tension baisse insensiblement, l'opération stades n'a pas lieu et l'on s'achemine vers la préparation de la manifestation "spontanée", le raz de marée gaulliste du 30 mai.

Le S.A.C., malgré de nombreuses réticences, demeure l'enfant chéri du pouvoir, la reprise en main définitive de la police n'étant pas assurée.

C'est lui qui a la charge de l'organisation de la manifestation du 30 mai 1968, et plus particulièrement Charles Pasqua et Charly Lascorz.

Succès indéniable, marquant à la fois le retour à une situation "normale" en France, et la lin des grandes espérances du Service d'Action Civique.

En août de la même année, un assureur niçois, membre d'une fraction sécessionniste du S.A.C., Serge Constant, est arrêté pour avoir passé aux Etats-unis deux chargements de drogue. Il devait déclarer :

" ... J'ignorais que je convoyais de la drogue. On m'avait dit que je transportais des documents du M.A.C. qu'il fallait mettre en lieu sûr..."

Au sein de ces troupes encore mal remises du traumatisme de l'épuration, Jacques Foccart va procéder à une nouvelle sélection. Afin de mieux les contrôler, un grand nombre de barbouzes sont intégrées dans différents services de l'Etat : le S.D.E.C.E. en priorité, mais également la D.S.T. que l'on juge nécessaire de mieux tenir à la botte. De même, les Renseignements Généraux (R.G.) se voient adjoindre un grand nombre de "contractuels", payés sur les fonds secrets mais disposant d'ordres de mission des R,G. en bonne et due forme.
Ainsi, devant le danger de voir les polices parallèles remplir le même rôle que celles qui ont facilité l'accès de De Gaulle au pouvoir, l'Etat a préféré en assurer directement le contrôle et l'organisation.
On a pu de cette façon, en serrant les rangs, se débarrasser d'un encombrant ramassis d'imbéciles, de truands, de brutes bavardes ou de dirigeants mythomanes.

La tâche de la répression parallèle, prise en charge par le pouvoir, sera confiée à l'homme fort du nouveau régime : Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur.
Quant au patron, occulte mais omnipotent, du S.A.C., Jacques Foccart, mis en alerte par l'incident Poher survenu pendant l'intérim présidentiel au printemps 1969, Il va s'employer à redistribuer ses cartes. Il est encouragé dans cette politique par des personnalités aussi diverses que Michel Debré, Charles Pasqua, Alexandre Sanguinetti et même Charbonnel, Fanton, Kaspereit. Taittinger, Lafay ou Tomasini, qui ne le soutiennent pas par amitié mais parce qu'ils pensent que lui seul peut empêcher la crise révolutionnaire d'aboutir.
C'est durant les huit premiers mois de 1970 que se répartissent les tâches les plus importantes et qu'apparaissent des noms jusque-là peu connus : Gaston Brun, alias Christian Roger. alias Maurice Boucard, alias Roger, devient le principal responsable des réseaux financiers de Jacques Foccart.

Son champ d'activité : la carambouille. l'escroquerie, le trafic de devises, tout un mécanisme clandestin mis au point pour faire entrer des capitaux pleins les caisses noires du S.A.C., mais aussi du S.D.E.C.E. et de I'U.D.R.

La tâche de Gaston Brun est énorme car il s'agit non pas d'assurer la survie ou le fonctionnement au ralenti des réseaux, mais bien au contraire de permettre leur essor, en France, en Europe, sur le continent africain - domaine réservé de Jacques Foccart jusqu'au Canada, Indochine et Amérique du Sud. Gaston Brun devait récupérer de l'argent, beaucoup d'argent.

Pour alimenter les réseaux tous les coups sont bons. Il est entouré d'hommes spécialisés dans les secteurs financiers comme Charles Beranger, Jean-Noël Touani, Christian Pradel. Roger Cohen, Olivier Caen et Charles Orsini que nous retrouverons mêlés aux combinaisons les plus invraisemblables susceptibles de rapporter des sommes importantes et surtout des liquidités.
Tout cet argent est . blanchi grâce à un circuit financier devenu classique, Gaston Brun est aussi un ami intime de Roger Delouette et de
Dominique Mariani...

L'ordinaire étant assure, et largement, le S.A.C. lance une "opération séduction" en direction des groupuscules d'extrême droite. But immédiat: constituer des groupes d'étudiants modérés mais musclés afin de faire barrage au développement du gauchisme universitaire.
Parallèlement le S.A.C. crée de toutes pièces une organisation fantôme, I'U.N.I., ou " Union Nationale inter-universitaire". Cette politique est largement encouragée par le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, qui, depuis mai 1968, prend de plus en plus de place dans appareil de l'Etat.
La collaboration directe entre le S.A.C. et des forces éparses de l'extrême droite, que l'on tente de fédérer au nom de la "lutte contre le gauchisme", se traduit notamment, le 23 janvier 1970, par l'appel d'Olivier Guichard en faveur de la création de "groupes d'auto-défense" dans les facultés, le 7 février, par la première apparition des "appariteurs musclés" dont la brutalité deviendra rapidement légendaire ; le 28 avril, par l'adoption de la "loi anti-casseurs".

Dès son entrée en vigueur on comprend immédiatement la raison de l'intérêt porté aux groupuscules d'extrême droite. Ces derniers deviennent le détonateur nécessaire à l'explosion de ce que les services du ministère de l'Intérieur appellent benoîtement des "affrontements entre extrémistes des deux bords", ces opérations étant immédiatement suivies d'une répression qui, grâce aux renseignement recueillis, frappe les militants révolutionnaires.

On retrouve là le système classique : infiltration/répression, tactique rodée tour a tour contre le F.L.N., I'O.A.S. et maintenant l'ultra gauche.

L'infiltration est planifiée par Charly Lascorz au sein d'une "section anti-gauchiste" de l'E.T.E.C. animée par Gilbert Le Cavelier.
Omniprésent, celui-ci gardera des contacts avec les divers groupuscules nationalistes ainsi qu'avec des sections du S.A.C. ayant choisi la dissidence, et même avec le syndicat fascisant C.F.T.

Profitant de ses contacts, il centralise les informations sur les militants gauchistes, et effectue par la même occasion le fichage des éléments d'extrême droite. Il est vrai que Le Cavelier a été recruté à la même époque par les services de Foccart; ce qui explique cette frénésie de fichage.

Il fait suivre les renseignements à l'inévitable Me Lemarchand.

Ce dernier effectue la sélection et en transmet une partie aux Renseignements Généraux. La D.S.T., pour sa part, est alimentée par Francis Gemine. ancien adjudant en lndochine, membre du S.A.C.. qui fut gérant à Versailles d'un restaurant fréquentés par les Barbouzes, indicateurs et truands à l'époque de l'affaire Markovic.
Foccart, de son côte, en réfère à Michel Debré et ainsi tout le monde y trouve son compte.

En fait, la période de flirt entre le ministère de l'Intérieur et les groupements fascistes ne dure guère.

Le bouclier protecteur de la place Beauvau est vite retiré dès que le pouvoir s'aperçoit que les groupes fascistes n'ont réalisé qu'à moitié la besogne prescrite; la dissolution d' "Ordre Nouveau" intervient un peu plus tard.

Ce demi-échec est l'occasion rêvée pour Foccart de proclamer que "l'on ne pouvait faire confiance qu'à des professionnels qui connaissent leur travail, qui reçoivent une mission et qui la mènent à bonne fin".

Le Service d'Action Civique, dont le Secrétaire général Debizet occupe le plus clair de son temps à tenter de s'y retrouver dans les débris de ses archives, passe une année 1973 relativement calme, à l'exception de quelques incidents mineurs durant la campagne électorale de mars.
Par contre, l'année 1974 est rude pour les barbouzes en général et le SA.C. en particulier.
Le 25 mars 1974, Libération lance un pavé dans la mare en publiant un document émanant du S.A.C. Daté du 24 mai 1968, il porte le timbre "diffusion restreinte" et contient une liste de noms et d'adresses. Les noms sont ceux de Marseillais à "regrouper" au stade de l'Huveaune ou au Stade Vélodrome "en cas de clash et sur ordre de Paris". Cette liste provient selon le document lut-même de la D.S.T. et l'ensemble confirme qu'en mai 1968 des dispositions, ont été prises par les polices officielles, et parallèles pour interner dans les stades, près de mille personnes.

Le 14 mars 1974 Libération apporte la preuve indiscutable que, loin d'être limitée à Marseille l' "opération stades" était planifiée nationalement et produit des documents intéressant notamment Grenoble et Lyon.
La panique gagne tous les groupes du S.A.C., le quartier général de la rue de Solferino, remonte les filières des réseaux Foccart.

Il y a une fuite. Il faut la découvrir et la colmater.

A Marseille, à Paris, à Lyon, à Grenoble, les réunions succèdent aux réunions. En vain. Nul ne songe aux copies des archives de Jean-Marie Tiné.

Personne ne pense aux centaines de documents, aux fiches, aux talons de chéquiers, aux ordres de mission que des militants, des chefs de groupes, des chargés de mission, ont mis à l'abri au fil des années.

A la suite de "l'affaire des stades", la direction du S.A.C. se devait de trouver un bouc émissaire. Ce fut Gérard Kappé, chef régional Provence-côte d'Azur accusé en particulier d'avoir laissé traîner des documents aussi compromettants que les listes et le fameux ordre de mission numéro 783.

Gérard Kappé fait donc les frais de l'opération, il est limogé. Du moins officiellement, car l'affaire Lascorz démontre que les cadres du S.A.C. préparent toujours très soigneusement leur sortie avec des dossiers.

Parallèlement à la publication des révélations de Libération, la situation sociale et politique se tend. Les membres du S.A.C. sont invités à ressortir leur arsenal afin de provoquer les traditionnels réflexes de peur dans la majorité dite "silencieuse".
Par la même occasion, on règle des comptes : vengeance, attaques, mises au point, etc. etc.

La découverte des coulisses de cette action est particulièrement importante car elle démontre, de façon irréfutable, la collaboration d'un officier de police avec un commando du S.A.C. Or cette présence est une constante rencontrée tout au long de cet ouvrage et a toujours été niée en haut lieu, ce qui permet à Alain Dugrand et Jean-paul Riton, les deux journalistes marseillais de Libération, de conclure :

"... Evidemment, c'est Pompidou qui a raison. Il n'y a pas de polices parallèles en France. Et il n'y a pas de collusion entre ces milices et les services officiels. Autrement dit Pompidou est un menteur ..." (Libération du 25 mars 1974).

Le député communiste des Bouches-du-Rhône, Georges Lazarrino. membre du Comité Central du Parti Communiste français, tenta vainement d'obtenir des informations sur l'affaire en posant une question écrite au ministre de l'Intérieur.

Reprenant toutes les informations publiées dans Libération et déjà fournies à la police, il s'étonnait du silence du ministre de l'Intérieur alors Jacques Chirac - et le sommait de s'expliquer.

Ce fut peine perdue.

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Autre exemple caractéristique de la façon dont le pouvoir gaulliste peut délibérément enliser une affaire dans un marais juridique, faisant la preuve, s'il en était besoin, que le droit et la justice sont sa propriété : l'affaire de la fusillade de Puteaux.

La technique demeure partout la même : d’abord colmater les brèches pour parer au plus pressé, ensuite étouffer.

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A la veille du décès du Président Pompidou en avril 1974, la structure du S.A.C. a beaucoup évolué. La direction du mouvement sent que le terrain n'est plus sûr et qu'il devient peut-être indispensable de rentrer à plus ou moins brève échéance dans la clandestinité. Une nouvelle restructuration a lieu pour permettre aux éléments indispensables du Service d'Action Civique de s'intégrer, le moment venu, dans un ensemble plus vaste : celui des réseaux Foccart.

Signe des temps, le Secrétaire général du S.A.C. Debizet, se voit fort civilement prié de déguerpir des bureaux du 5, rue de Solférino, qui appartiennent à « l’institut Charles De Gaulle ».

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Le fait est que les résultats des sondages publiés quotidiennement sont loin de rassurer les cadres du S.A.C. dont la nervosité croit régulièrement.

C'est durant cette période difficile que naît l'idée d'appliquer une "stratégie de tension" comparable à celle mise en oeuvre en Italie dès 1969 avec tout le lot des "attentats extrémistes", des "exactions", du "vandalisme gauchiste", des provocations permanentes soigneusement orchestrées et mises au point depuis la centrale de Foccart, boulevard de Magenta.
...
Le plus violent de ces affrontements a pour cadre le restaurant-cabaret "Don Camillo". La presse s'en fait l'écho: "La campagne électorale des .S.A.C. est mal partie" .

Une réunion commune avec les C.D.R. se termine en bagarre (Libération du 12 avril 1974) :

"Mercredi soir, le sous-sol du restaurant-cabaret "Le Don Camillo", rue des Saints-pères, à Paris, accueillait des hôtes de choix. En effet, c'est dans les sous-sols du "Don Camillo" que le "Club des Vieux de la Vieille" a son siège et ses salles de réunion.
Le "Club des Vieux de la Vieille", c'est l'Amicale des Anciens des réseaux "Action" de la France Libre. Bref, vous voyez le genre ? Parmi les membres, Dominique Ponchardier, le gorille, Marie-Madeleine Fourcade, Paul Comiti et bien d'autres de plus basse volée.
Donc, mercredi soir, réunion des chefs de groupes du S.A.C., des C.D.R., en vue de déterminer les modalités du soutien aux "candidats" de la majorité. Etaient présents le secrétaire général du S.A.C., plusieurs responsables nationaux et départementaux des C.D.R., un capitaine du S.D.E.C.E., deux officiers de police de la D.S.T. et quelques gorilles musclés. Dès le départ, l'unanimité a été loin de se faire sur la personne de Jacques Chaban-Delmas, d'aucuns lui prédirent le candidat "pur et dur" Christian Fouchet, d'autres encore, peu tentés par une nouvelle campagne électorale qui risque de tourner mal pour eux, prédiraient purement et simplement ne point y participer. Le whisky aidant, l'ambiance a rapidement évolué et même dégénéré.

A 23 h15, les éclats de voix laissent la place aux éclats tout court.
Une bagarre éclate, brève, rageuse. Chiaramonti dit Walter, barbouze bien connu, se faisait ouvrir le crâne d'un coup de bouteille. Petropoulos, indicateur de police, agent du S.D.E.C.E., barbouze du SAC,(bref tout pour plaire) était dirigé sur une clinique privée et accueillante.
La réunion ayant tourné court, pour les raisons que l'on sait, la barbouzerie a rejoint ses écuries respectives.

La majorité chez Chaban, quelques-uns chez Fouchet, une minorité au "Centre des Républicains Libres"de Bozzi.

On assure que Foccart lui-même commence a y perdre son latin. Le latin peut-être, mais pas les pédales en tout cas puisque sa villa de Luzarches a reçu d'intéressantes visites sur lesquelles nous reviendrons demain ..."

Car Foccart consulte beaucoup ; le résultat des entrevues dépasse ses prévisions les plus pessimistes.

Jacques Chaban-Delmas courant à l'échec, les barbouzes étaient assurées de perdre sur tous les tableaux. Il n'y a plus qu'à tirer le rideau en cas de victoire de François Mitterrand et de l'Union de la Gauche. Quant à l’hypothèse d'un succès de Valéry Giscard d'Estaing, elle ne réjouit guère plus car les Républicains indépendants leur chef et leurs amis politiques ont été traqués durant trop d'années par les hommes de Foccart. Arrive le moment où l'on présente l'addition.
Jacques Foccart n'est pas un homme indécis. Ayant déjà évacué ses bureaux avant que le Président intérimaire Alain Poher ne l'en expulse, il décide de retirer purement et simplement son épingle du jeu. Il ordonne à ses hommes de confiance de quitter le S.A.C. et de rester sur la touche, se réservant dans les semaines et les mois à venir de les réintégrer dans ses propres réseaux. C'est l'occasion d'effectuer une ultime purge, Foccart laissant ainsi au Service d'Action Civique le soin de le débarrasser des tièdes, des irrésolus, des bavards. bref des éléments dont il était le moins sûr.

Après la victoire de Giscard d'Estaing, l'élimination officielle du S.A.C. est à l'ordre du jour. Sans déclarations fracassantes, sans affrontements spectaculaires, mais avec efficacité.

Définitivement expulsés de la rue de Solférino, repoussés par Jacques Foccart, les barbouzes de Debizet se voient retirer l'usage de leur pied-à-terre du 123, rue de Lille, Alexandre Sanguinetti invoquant "le manque de place dans des locaux déjà trop exigus".
C'est la débandade durant l'été 1974, Jacques Foccart a casé certains de ses spécialistes dans le "Groupe Paladin", organisation internationale de barbouzes, basée en Espagne, à Albuferata (El Panorama 9 E) et dirigée par le Docteur Gerhardt Harmut von Schubert, figure bien connue du monde du renseignement international.
Ancien spécialiste du ministère de la Propagande de Joseph Goebbels, devenu après la guerre l'adjoint du Professeur Johannes von Leers, alias Omar Amine, installé au Caire, il sert en Argentine, puis, après la chute de Peron (en 1953), en Egypte et en Irak.

Le groupe Paladin a l'habitude de travailler partout dans le monde, y compris derrière les rideaux de fer et de bambou.

Comme l'affirme von Schubert :

"... Nous avons des experts parfaitement qualifiés dans de nombreux domaines qui sont prêts à effectuer des missions dans le monde entier ... . (Entretien prive avec l'auteur).

Fixé à Alicante en 1971, le Docteur von Schubert a installé une antenne à Zurich, en plein quartier bancaire, sous le couvert d'une société de services qui fournit domiciliation, taxiphone et télex à d'autres organismes européens ou non, spécialisés dans le renseignement et l'action.
Il recrute très facilement des spécialistes en cette période creuse pour les ex-légionnaires, paras, mercenaires ou barbouzes qui constituent l'essentiel du groupe Paladin.
...
Des premiers résultats sont enregistrés, en particulier à la suite de l'enlèvement à Neuilly-sur-seine, le 3 mai 1974, de Balthazar Suarez, directeur de la Banque de Bilbao à Paris

--mais on manque d'hommes connaissant à fond le terrain français.

Jacques Foccart bondit sur l'occasion et loue à von Schubert les services de plusieurs groupes du S.A.C., aujourd'hui sur le pavé.

A l'automne 1975, la dissolution du "Service d'Action Civique", secoué par des luttes internes, en butte aux tracasseries administratives, démonétisé, trop voyant et trop remarqué, est considérée par les spécialistes comme proche.

Ainsi que le soulignait désabuse, un ancien secrétaire général adjoint du S.A.C.. André Montini :

"... C'est Poniatowski qui va nous donner l'estocade, c'est juste, nous aurions dû frapper les premiers !...".
....

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FOCCART L’AME DAMNÉ DE DEGAULLE

Jacques Foccart est né le 31 août 1913 a Ambrières-le-Grand dans le département de la Mayenne.
Il a passé la plus grande partie de son enfance aux Antilles, en particulier à Gourbeyre, en Guadeloupe. Il s'appelait d'ailleurs à l'époque Jacques Koch et le nom de Foccart, qui était celui de son arrière-grand-mère, devint officiellement le sien par décret paru au Journal Officiel du 17 juin 1952.

D'après Georges Chiron (National Zeitung, 4 janvier 1966), qui a connu Foccart dans les premières années de l'Occupation :

« …Jacques Koch ne se mêlait pas de politique ni pour Vichy, ni pour Londres, je crois que la seule chose qui l'intéressait, c'étaient les affaires... Bien
sûr, par la suite, ça a évolué, il y avait des tas d'allées et venues à La Touche ou à Gros-Poitou, surtout la nuit, mais il était difficile de parler de Résistance parce qu'on voyait souvent Bousquet, Koch ou Tournet avec les Allemands de l'Organisation Todt; ce n'est qu'en 1944 qu'on a su que Jacques Koch était un des chefs les plus importants de la Résistance dans la région..."

L'Organisation Todt, etait une organisation civile intégrée à la Wehrmacht, effectua en Franœ des travaux très importants tels que la construction des murs de l'Atlantique et de la Méditerranée. Son chef, l'ingénieur Fritz Todt, mourut dans un accident d'avion provoqué en 1943 par un attentat.

Dès 1942, Jacques Foccart devient un agent matriculé du B.C.R.A., sous le pseudonyme de "Binot". Agent actif puisqu'un an plus tard, en 1943 un réseau Action particulièrement efficace couvre la Mayenne et déborde sur les départements limitrophes.

Cela lui vaut une promotion ultra-rapide.

En 1944, il est responsable pour les départements de l'Orne, de la Mayenne et du Calvados du "Plan Tortue" dont le but est de ralentir l'acheminement des renforts allemands vers les plages de Normandie.

Le sergent-chef de 1940 est devenu chef de mission de 1er classe du B.C.R.A., assimilé au grade de lieutenant-colonel, ce qui représente une brillante promotion.
Mais déjà la situation de Jacques Foccart n'est pas d'une clarté remarquable. En 1972, dans Le Crapouillot (les scandales de la Vème République), on publie un récit - non démenti - qui éclaire le personnage. Il s'agit d'un extrait d'un rapport adressé le 21 mai 1953 par la Police Judiciaire de Rouen agissant sur commission rogatoire d'un juge d'instruction d'Argentan :

"... En 1941, écrivent les policiers, M. Foccart Jacques, 39 ans, actuellement conseiller de l'Union Française, demeurant 140, boulevard Bineau, à Neuilly-sur-seine, et M. Tournet Henri, né le 26 mars 1913, à Clermont-Ferrand, actuellement chargé de mission pour le compte du gouvernement français en Amérique du Sud, s'associaient pour exploiter une coupe de bois de 60 hectares, située sur le territoire de la commune de Rânes (Orne).

Se présentant comme mandataire de la Société des Transports Citroën, 54, boulevard Haussmann à Paris, M. Foccart sollicitait, en 1942, M. Ferrad Joseph, 55 ans. minotier à Ambrières (Mayenne). pour obtenir la vente d'une coupe de 100 hectares de bois que ce dernier possédait également à Rânes ... Peu après, M. Richard, propriétaire du château de Rânes, leur cédait également une partie de ses biens.

Vers la fin de 1942, l'entreprise Tournet-Foccart recevait de l'Organisation Todt, (Ce que confirme le témoignage de Georges Chiron) une importante commande de fascines et de bois de feu pour gazogènes.
Un détachement dépendant de la Todt de saint-Malo s'installait peu après à Rânes ..." Commentant ce passage du rapport de police, le journaliste du Crapouillot écrit :

"... Cette enquête des policiers rouennais concernait alors le meurtre, neuf ans plus tôt. d'un ancien agent consulaire de Belgique au Havre, M. François Van Aerden 62 ans, réfugié à Rânes pendant l'Occupation. Van Aerden avait été engagé par La Todt comme interprète : "Il était ainsi à même de connaître toutes les transactions faites par MM. Tournet- Foccart avec les Allemands jusqu'à la Libération".

Le cadavre de Van Aerden fut découvert le ler septembre 1944, quinze jours après la libération de la région d'Argentan, dans une carrière, à Longé-sur-Maire (Orne).
Enlevé la veille a son domicile par des inconnus, il avait été abattu par des balles de 9 mm, les unes allemandes, les autres anglaises. A l'époque, on avait parlé de règlement de comptes, la victime ayant pu être l'objet d'une dénonciation.

Une lettre anonyme ayant fait rebondir l'affaire en 1950, le commissaire Refus concluait qu'à son avis, "cette exécution n'avait pas pour motif un fait de collaboration, mais que Van Aerden avait pu être supprimé du fait qu'en sa qualité d'interprète de la Todt. il était très certainement au courant de nombreux et importants trafics qui avaient eu lieu avec les Allemands dans la région ...".

Représailles de résistants ? Foccart était parti un soir en expédition clandestine dans la Sarthe, avec un de ses employés, Roger Le Guerney. Sa voiture avait dû forcer un barrage. Les Allemands avaient ouvert le feu ; Le Guerney avait été blessé mortellement d'une balle dans la colonne vertébrale. L'itinéraire ayant été fixé au dernier moment, l’hypothèse d une dénonciation fut exclue. Van Aerden ne pouvait donc pas être tenu pour responsable de la mort du malheureux Le Guerney.

A-t-il été exécuté parce qu'il en savait trop ?

Au cours de leurs recherches à Ranes, les policiers rouennais devaient apprendre que les activités commerciales de l'exploitation forestière avec l'occupant avaient fait l'objet d'une enquête du Contrôle Economique de' 'l'Orne, après la Libération...

Foccart et Toupet se trouvant aux armées n'avaient pu être entendus, pas plus que Van Aerden , qui venait d'être abattu. L'absence de ce dernier témoignage avait gêné particulièrement les enquêteurs :
« Près des services du Comité de confiscation des profits illicites de l'Orne, il ne nous a pas été possible de connaître les raisons pour lesquelles ce dossier avait été classé sans suite aux archives et nous avons pu constater qu'aucune note de ce Comité n'y figurait. Il n'en reste pas moins établi que, simplement par le fait de leurs activités commerciales avec les Allemands, Foccart et Tournet se trouvaient assez fâcheusement compromis et le témoignage de Van Aerden n'aurait pu qu'aggraver considérablement leur situation, puisqu'il aurait permis d'évaluer tous les profits réalisés par eux, non plus sur la courte période mentionnée sur les documents retrouvés, mais de 1942 à la Libération.

De plus, en dehors de ces profits illicites, il semble bien que Foccart et Toupet se soient également livrés, comme le signalait Mme Van Aerden, à certains trafics avec la complicité de soldats et d'officiers de la Todt. D'ailleurs, ces trafics ne devaient pas échapper aux dirigeants de la Todt de Saint-Malo dont dépendait le groupement de Rânes, puisqu ils firent arrêter Foccart au début de janvier 1944...

Cette arrestation de Foccart par les Allemands pouvait être en rapport avec l'assassinat à Saint-Malo d'un soldat allemand de la Todt de Rânes. Ce dernier, dont nous ne connaissons pas l'identité, mais qui répondait au prénom de Paul et qui était un fermier tyrolien, se serait rendu à Saint-Malo pour rendre compte à ses chefs d'un manquement de 10 000 mètres cubes de bois dans l'exploitation de Rânes.
Comme on le voit, les dirigeants de l'exploitation forestière de Rânes avaient beaucoup à craindre d'un témoignage éventuel de Van Aerden et son exécution ne pouvait que leur être favorable.
Cependant, au cours de notre enquête, il ne nous a pas été possible d'établir que Foccart ou Tournet aient joué un rôle quelconque dans ce meurtre ou qu'ils en aient été les instigateurs... »

On retrouve dans cette affaire les éléments assez troubles d'un double jeu entre la Résistance et la Collaboration, présents également dans la vie agitée d'autres amis de Jacques Foccart comme Gilbert Beaujolin, alias "Caïman", ou Marie-Madeleine Fourcade, alias "Hérisson".

Le 16 mai 1944, Jacques Foccart se rend à la Préfecture de Police de Paris où il sollicite et obtient de l'Administration de Vichy une autorisation "pour le commerce et le versement de commissions d'import-export ..."

Retour à l'activité de ses débuts et point de départ d'une gigantesque organisation qui ne cessera de se développer au fil des années.

En 1946, il fonde la "Société Anonyme Française d'Import-Export ou S.A.F.I.E.X., spécialisée dans les opérations avec les pays d'outre-mer ; première d'une longue liste de sociétés qui vont assurer l'autofinancement des réseaux, l'alimentation des caisses noires, le financement des campagnes électorales.

Au mois d'avril 1947, il se voit confier la responsabilité pour le compte du R.P.F. de neuf départements de l'Ouest de la France, d'un département du Nord et des Antilles françaises. L'année suivante, il devient président de la Commission, puis en 1949 délégué national du R.P.F. pour les Territoires et Départements d'outre-mer.
C'est le début du "domaine réservé" de Jacques Foccart, qui va s'étendre d'année en année.

En 1952, il est nommé conseiller de l'Union Française, puis secrétaire général adjoint du R.P.F. avant de remplacer, quelques mois plus tard, Louis Terrenoire au poste de secrétaire général du mouvement gaulliste. La "traversée du désert" commence.
De Gaulle joue les ermites à Colombey-les-deux-Eglises et les barons s'emploient à saper les fragiles institutions de la IVème République.

Pour tous les grognards, les demi-solde du gaullisme, il faut tenir jusqu'au retour au pouvoir du Général.
Les sociétés d'import-export du type S.A.F.I.E.X. permettent de maintenir des agents en activité sous une couverture commerciale, d'alimenter les caisses du mouvement gaulliste, de renseigner De Gaulle.
A l'occasion, Jacques Foccart fait profiter le S.D.E.C.E. de ses relations et de ses filières, leur permettant ainsi de pratiquer la vieille technique barbouzarde du "passe-moi la rhubarde, je te passe le senné".

Intime du Général, habitué de "la Boisserie, il accompagne l'ancien chef de la France Libre d'abord en 1953, avec son aide de camp, le colonel de Bonneval, dans un vaste périple en Afrique, puis en 1956 aux Antilles et dans le Pacifique, avec Olivier Guichard.

L'activité essentielle de Jacques Foccart et des réseaux qu'il contrôle est de préparer le retour au pouvoir du Général De Gaulle. Il joue un rôle essentiel dans le complot du 13 mai 1958 avec Roger Frey, Michel Debré et Olivier Guichard.
Ses efforts sont récompensés et, dès le mois de juin 1958, il est nommé, à l'Hôtel Matignon, conseiller spécial auprès du Général De Gaulle, chargé des questions africaines et de la liaison avec les services spéciaux, en l'occurrence le S.D.E.C.E.
L'ancien capitaine de réserve de 1945 est promu, treize années plus tard, colonel de réserve (sans avoir accompli de périodes de perfectionnement). Il va pouvoir donner toute la mesure de son talent.

De Gaulle devenu Président de la République, Jacques Foccart s'installe, en janvier 1959, à l'Elysée, comme conseiller privé du Général, chargé des questions de la Communauté.

En 1960, il est nommé Secrétaire général de la Communauté, ce qui fera dire à Georges Chaffard (Le Nouvel Observateur, 20 octobre 1969) :

"...M. Foccart franchit un échelon hiérarchique et n'a plus a assurer personnellement la liaison avec les services spéciaux.
Il est passé au rang d'utilisateur du S.D.E.C.E...."

De 1958 à l'indépendance de l'Algérie (en juillet 1962), Jacques Foccart, en collaboration étroite et permanente avec le ministre de l'Intérieur, Roger Frey, contrôle l'activité des barbouzes qui luttent contre le F.L.N., puis contre I'O.A.S., assure leur recrutement, sans se montrer trop regardant sur le choix des moyens et des hommes.
En 1959, il crée une nouvelle société': "l'Omnium National de Représentation", dont l'objet est d'assurer directement ou indirectement, dans les Départements et Territoires d'Outre-Mer, de la Communauté et dans les pays étrangers, toutes opérations d'import-export, de commission, de transit et de représentation".

Puis, dans les années qui suivent, la R.A.P.E.X., la PEIN.VEREX, la C.R.E.P.A.P., la BARRACUDA, la BRE.CO., la FRI.COM.EX et une dizaine d'autres sociétés dont les actionnaires majoritaires sont tous, sans aucune exception, des membres ou d'anciens membres des services spéciaux.

C'est ainsi que, dans le seul conseil d'administration de la FRI.COM.EX, c'est-à-dire la "Friperie" Commissions-Exportations S.A.R.L.", on retrouve Dominique Ponchardier, ainsi qu'un associé de Francis Bodenan, l'homme du S.D.E.C.E. et le bras droit de Christian Fouchet lorsque ce dernier luttait en Algérie, comme Haut-commissaire, contre les derniers soubresauts de l'O.A.S.

Toutes ces firmes ont une existence parfaitement légale quoique leurs activités réelles soient souvent très éloignées de leur vocation officielle.

La Société BARRACUDA, par exemple, a été créée pour vendre des filets de camouflage de l'armée, alors qu'elle écoule en réalité ce que l'on trouve sous les filets de camouflage ; des chars et des automitrailleuses.

Ces entreprises gravitent autour de celle qui reste la propriété privée de Jacques Foccart : la S.A.F.I.E.X.
L'essentiel du personnel est constitué par les anciens des réseaux "Action" de la France Libre du type B,C.R.A., des hommes du S.D.E.C.E., du S.A,C., du S.O. du R.P.F., de la Main Rouge, etc.

La société d'import-export, orientée vers les échanges commerciaux avec l'Afrique du Nord, l'Afrique Noire, le Moyen-orient, les pays de l'Europe de l'Est, est la couverture idéale des activités de renseignement.
En effet, les voyages sont permanents, leur nécessité invérifiable et il est aisé de mêler aux contacts professionnels des rencontres plus discrètes. Les transferts internationaux de fonds, en francs ou en devises, sont quotidiens et difficilement repérables ; leur trajet, long et tortueux, permet de "blanchir", de "laver" l'argent d'origine douteuse qui sert à l'alimentation des réseaux. Pour ce faire, s'est développé une organisation complexe mêlant sociétés réelles et sociétés fictives dans un inextricable enchevêtrement. L'exemple du Proche-orient permet d'illustrer comment les réseaux Foccart ont tissé une gigantesque toile d'araignée.

Pierre-Marie de la M..., un de ses premiers collaborateurs, a effectué plusieurs missions en Afrique Noire entre 1959 et 1969.
Ayant quitté, depuis, l'organisation Foccart, Pierre-Marie de la M... a été l'objet de deux tentatives d'assassinat, une à Dûsseldorf en 1969, la seconde à Bâle en 1971. Il a accepté de témoigner (Témoignage recueilli a Turin le 14 aout 1972) :

"... Dès son arrivée au Secrétariat général de la Communauté, Jacques Foccart a amené avec lui une cohorte d'hommes qui lui étaient parfaitement dévoués ... En six mois, grâce à la coopération d'autres ministères, comme celui de l'Intérieur (Pierre Chatenet et même des Affaires étrangères (Maurice Couve de Murville) qui avaient l'échine souple devant le Général, nous avons réussi à placer nos hommes à tous les postes clés .., dans les préfectures en Métropole et Outre-Mer, dans les ambassades et les consulats à l'étranger ; nous avons réussi à implanter nos antennes ... Foccart nous mettait sur les genoux, il travaillait dix-huit heures sur vingt-quatre sur les réseaux et trouvait encore le temps de régler des problèmes commerciaux ... Son efficacité était redoutable mais il était "cash" en affaires : il ne laissait jamais tomber un de ses hommes sauf s'il mettait en péril un des réseaux. Dans ce cas il tranchait dans le vif ... on ne pouvait même pas lui en vouloir, car il annonçait la couleur lorsqu'il recrutait un nouveau maillon de ses interminables chaînes ... Jacques Foccart était vraiment né pour le renseignement, c'était sa vie, son travail, son "hobby" ... C'est effrayant à dire mais, pour se détendre, il lui suffisait de changer de dossier ..."

L'année 1960 est, pour Jacques Foccart, une année décisive.

Bien installé à l'Elysée, dans l'ombre du Général de Gaulle, il peut s'attaquer au grand dessein du Président de la République : forger un organisme de renseignements parallèle qui permette de doubler le S.D.E.C-E., de régler les problèmes du "domaine réservé" sans faire appel aux services officiels de renseignements et d'action. Pour cela, Jacques Foccart commence a noyauter les administrations françaises et plus particulièrement les ambassades et les consulats.
Simultanément, toutes les sociétés d'import-export sont mobilisées, tandis qu'il fait procéder à une "réorientation des objectifs du S.D.E.C.E." et à un véritable démantèlement du service "Action" considéré comme peu sûr et trop réticent.

Un ancien agent du S.D.E.C.E. explique la façon dont la "réorientation" a eu lieu. Jusqu'en août 1960, Jean- Pierre Marcellin (Témoignage recueilli à Venise le 21 septembre 1972) était un des meilleurs "plombiers" du S.D.E.C.E.
Rayé des cadres lors de la grande purge d'octobre 1970, il dirige actuellement en Italie une agence de police privée :

"... Au mois d'août 1960, j'ai été convoqué par mon chef de secteur ... Il m'a dit que les objectifs étaient changés, que les "rouges" ne nous intéressaient plus, et qu'il fallait axer nos activités sur nos anciens amis de l'O.T.A.N. et sur les Américains en particulier ... il n'y avait pas à discuter, il fallait se soumettre ou se démettre ... j'ai été lâché, je me suis soumis dix années de plus...".

Maints témoignages ont été recueilles à l'étranger: car de nombreux anciens agents du S.A.C. ont préféré par mesure de sécurité, mettre une frontière entre eux et leurs ex-amis.

Ce changement d'orientation du S.D.E.C.E. s'obtient aussi par un noyautage discret.
De plus, on place à sa tête un élément "compréhensif", le général de brigade Paul Jacquier, qui conserva la confiance de Jacques Foccart jusqu'à sa mise à l'écart au début de 1966 après l'affaire Ben Barka.

Un des premiers résultats de l'organisation Foccart est l'élimination, le 16 octobre 1960, en territoire helvétique, du leader camerounais Félix Moumié.
Affaire trouble qui met directement en cause un homme du S.D.E.C.E., le commandant Mercier, ainsi qu'un procureur général suisse, M. Dubois, devenu, dès 1958, "honorable correspondant".. de nos services de renseignements.

Un ancien agent du service "action" du S.D.E.C.E., Paul-Henri Pravenin, alias Pierre Parraz, témoigne le 14/8/1965 :

"...Moumié était pisté depuis longtemps... C'est un journaliste français qui jouait le double jeu et nous fournissait les détails dont nous avions besoin ... Plusieurs plans étaient prêts, mais Moumié était en Suisse lorsque nous avons reçu le feu vert de Paris, directement de "la Foque" ...l'opération a été d'une simplicité enfantine..."

Le sobriquet de la "Foque", était attribué à Foccart par ses hommes.

L'année suivante Jacques Foccart joue un rôle déterminant dans la manipulation du "commandant" Michel Mertz, trafiquant d'héroïne reconverti dans les rangs de I'O.A.S. comme agent double. Lors du procès des auteurs de l'attentat, Jacques Foccart est cité comme témoin, une lettre signée d'un certain Simon l'ayant désigné comme l'instigateur de l'opération.
Sa comparution n'apporta strictement rien de nouveau, la défense comme l'accusation étant subitement devenues muettes.

D'après le témoignage de Paul-Henri Pravenin :

" Quarante-huit heures avant la comparution de . la "Foque", deux agents munis d'une sacoche bourrée de photocopies avaient fait le tour des personnes intéressées... Il y avait de quoi faire taire la moitié de Paris ... Ce sont le capitaine Viradieu et le lieutenant Georges qui ont fait la tournée des grands-ducs ..."

Le "commandant" Michel Mertz fut généreusement récompensé de ses bons et loyaux services par une large impunité dans ses activités de trafiquant de drogue.
(Le lecteur consultera avec profit l'ouvrage d'Alain Jaubert paru dans la même collection : "Dossier D...comme Drogue" Edition AM - Paris).

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LES MAGOUILLES AFRICAINES DES BARBOUZES

1961 est l'année des mercenaires. André Labay, par exemple, un des agents les plus actifs de Jacques Foccart, est mercenaire au Katanga, aux côtés du commandant Faulques.
Un moyen pour Labay d'approcher le cercle des intimes de Cyrille Adoula, alors Premier Ministre du Congo-Kinshasa, et de devenir le chef de ses services spéciaux.
C'est là une technique classique des réseaux Foccart, utilisée chaque fois que possible, en Afrique Noire, et notamment au Congo et au Biafra.

Jacques Foccart vend des services de renseignements "clés en main" comme d'autres des usines.
On commence par contacter un pays en voie de développement par le biais d'une des sociétés commerciales du groupe et l'on passe un contrat pour la fourniture de matériel électronique d'espionnage dont tout le monde raffole : bippers, transmitters, belts, curvings, etc.
On offre ensuite de former les utilisateurs du matériel et on fournit des instructeurs, qui deviendront les cadres du futur service de renseignements.

Ces responsables seront autant d'antennes alimentant la centrale parisienne en informations puisées à la source.

Dans le gouvernement Michel Debré, à l'origine le Secrétariat général à la Communauté avait été confié à Raymond Janot, autour duquel on trouvait deux personnages connus sous les patronymes d'Albert Arnaud et Claude Mercier, et que l'on suivra aussi bien dans l'entourage de Foccart que dans celui de Constantin Melnik, conseiller spécial de Michel Debré pour les problèmes de renseignement.

Un des adjoints d'Arnaud, Jean-Baptiste C..., parle de son expérience de la subversion en Afrique (témoignage recueilli à Genève en février 1971) :
"
...Lors du référendum de septembre 1958, la Guinée avait massivement répondu "NON" à la France et cette décision contrariait la politique africaine du Général De Gaulle ...
Dès janvier 1959 nous avons été chargés d'appliquer le "plan ALBY", visant au renversement de Sékou Touré (le leader guinéen) ... Nous agissions sous les ordres d'Albert Arnaud, un proche, voire un intime de "la Foque" ... Il nous a été facile de regrouper à Dakar des officiers guinéens auxquels un entraînement spécial était donné par des hommes du 11e Choc mais, malgré la collaboration d'hommes politiques guinéens en exil. ce premier complot s'est soldé par un échec ... Arnaud et Mercier ont travaillé d'arrache-pied à la préparation d'un second complot et nous avons eu plusieurs réunions, notamment à Koumassi c'est-à-dire à Abidjan, en Côte-d’Ivoire ... Nos réseaux étaient très structurés dans cette zone et nous avons pu mettre à la disposition des opposants un matériel important. suffisant pour équiper deux mille hommes le cas échéant. Le matériel était composite afin d'en compliquer l'identification d'origine en cas de pépin... Officiellement, le matériel provenait de deux trafiquants allemands et parvenait en Afrique par l'intermédiaire d'un journaliste barbouze, Pierre Joly (Vu dans les barricades d'Alger en janvier 1960 etc..),..
Entre décembre 1959 et mars 1960, nous avons ainsi acheminé 500 mitraillettes Thompson, 500 mitraillettes MP 40, 600 carabines U.S. 7,62, 300 mitraillettes F.V. Mark 4, 200 Colt 45, 500 grenades, 50 fusils mitrailleurs Bren, 10 MG 34, 10 M 642, 50 "Panzer Faust"(bazookas), une vingtaine de mortiers, une tonne de T.N.T. et plusieurs centaines de milliers de cartouches de différents calibres ... Malgré cela, le soulèvement d'avril 1960 se solda par un échec, {b]un massacre et la capture de trois de nos agents... En outre, deux hommes dit 11eme Choc, dont le capitaine Lamy, un agent du bureau 7 (Service action) du S.D.E.C.E., Paul Favier et quelques collaborateurs ivoiriens avaient été abattus ».

La "foccardisation" de l'Afrique s'accélère après l'indépendance de l'Algérie ; la politique africaine de la France échappe a la compétence du Quai d'Orsay et devient le domaine exclusif de Jacques Foccart.

Un des principaux agents de Foccart au Congo ex-belge, André Labay, impliqué quelques années plus tard dans une affaire de trafic d'héroïne, devenu, sur ordre, responsable des services de renseignements de Cyrille Adoula, le Premier Ministre du Congo-Kinshasa, va prendre le contrôle, pour le compte de Foccart, de plusieurs réseaux de trafiquants de diamants.

Dans le cadre de sa mission, Labay organise la mise en condition puis l'enlèvement d'Albert Kalondji, "empereur" du Sud-Kasai et opposant farouche de la politique de Cyrille Adoula.
Si au Congo-Kinshasa les réseaux Foccart se manifestent à de très nombreuses reprises, le Congo-Brazzaville n'est pas épargné non plus.
Tant que l'abbé Fulbert Youlou, tint les rênes du pouvoir, jusqu'au 13 août 1963, les réseaux français n'eurent aucune difficulté. Ils transformèrent même le pays en plaque tournante avec deux bases principales, à Brazzaville et à Pointe-Noire.

Deux "journalistes" recevaient et dispatchaient le courrier du réseau noyé dans celui d'une agence de presse fictive : Headlines Press Agency (Boîte Postale 2110 à Brazzaville) .
Ces deux agents spéciaux, Daniel Pouget et Jean- Marie Laurent (ce dernier manipulé par les réseaux Foccart qu'il pensait combattre.), effectuaient de très nombreux voyages entre Brazzaville, Abidjan, Paris et Bonn.

Un journaliste (Témoignage recueilli à Paris en décembre 1969) attaché à I'A.F.P., qui à l'époque faisait partie des réseaux Foccart sous le pseudonyme de Gilbert Charvel, raconte :

"... Daniel Pouget représentait à la fois les intérêts de "la Foque" et ceux du S.D.E.C.E. auquel il appartenait... Ses contacts étaient également très étroits avec Jacques Patault, administrateur des Affaires d'Outre-Mer et agent de liaison avec le S.D.E.C.E. aux cabinets de Roger Frey en 1961 et de Georges Pompidou alors Premier Ministre de 1962 à 1967... Nous avions de fréquents rendez-vous à Bonn, en Allemagne, notamment avec Pierre Joly, un activiste belge qui fournissait, moyennant finances, des mercenaires et des experts de la guérilla ... Un de nos rendez-vous préférés était l'Igel Bar dont le patron était l'un des principaux résidents de Foccart en Allemagne Fédérale ... Nous travaillions également sous la houlette de Morichot-Beaupré, un des bras droits de Foccart... A cette équipe se sont joints des hommes d'action comme Jean-Noël Lastenant, Jean Vincenti ou Fredéric Tronca et d'autres contacts que nous appelions les "épiciers" parce qu'ils étaient attachés à différentes firmes d'import-export qui traitaient les produits les plus divers mais surtout beaucoup d'armes ... Lorsque Fulbert Youlou a été renversé, Foccart a voulu absolument que le maximum soit fait pour remettre "l'abbé" en selle... C'est Jean-Marie Laurent qui s'est lancé dans la bagarre, mais comme l'affaire a mal tourné et qu'il était trop en vue, c'est lui qui a écopé, il y a quelques mois, de dix ans de travaux forcés..."

Jacques Foccart centralise tous les renseignements transmis par ses réseaux et de son bureau de l'Elysée, de Matignon, du Secrétariat général aux Affaires Africaines et Malgaches, de sa villa de Luzarches ou de son P.C. du boulevard de Magenta, tire les ficelles, manipule les hommes et les régimes.

On ne prête qu'aux riches : aucun mouvement politique, aucun remous ne se produit en Afrique sans que le nom de Foccart ne soit prononcé.
Après avoir joué la carte Tschombé, puis celle de Mobutu. contre l'ancien leader Katangais que les hommes de Foccart conduiront froidement à la mort, les barbouzes françaises tentent de se débarrasser du chef de l’Etat du Congo-Kinshasa, le général Mobutu.
…..Finalement, l’attentat contre Mobutu échoue.

Durant la guerre du Biafra (juillet 1967 - janvier 1970), les réseaux Foccart apportent une aide massive en hommes et en armes aux sécessionnistes du général Ojukwu.
En France métropolitaine, les hommes du S.A.C. font une campagne de recrutement de mercenaires comme on n'en avait plus vu depuis la fin de la guerre d'Algérie.

Apres l’échec de la sécession biafraise, les réseaux Foccart veulent à tout prix récupérer certains documents détenus par le général Ojukwu et prouvant l’aide capitale apporte par la France au Biafra.

De telles déconvenues ne diminuent pas le dynamisme des hommes de Foccart.
En 1975, un nouveau drame biafrais se prépare en Ethiopie.
On recrute à Paris, à Rome, à Bruxelles et à Bonn des mercenaires à l'efficacité prouvée ou aux excellentes intentions.

Jacques Foccart dont les réseaux disposent d'une remarquable base à Djibouti, clef de la Mer Rouge, s'efforce de favoriser la sécession de l'Erythrée et du Tigré.

A Massaouah, comme à Makalé et Assab, des barbouzes très actives se dissimulent comme d'habitude sous la couverture d' "agents commerciaux", d' "ingénieurs-conseils" ou de "spécialistes du marketing", affiliés à des sociétés comme la Traco, la Barracuda-France, la Gexpo, la Comex Dif ou la Francexpa.

Un "ingénieur-conseil" de la Gexpo, Charles Mérinier, qui a effectué de très nombreuses missions pour le compte de l'organisation Foccart, sous les pseudonymes de Gilbert Maheux et Charles Molines, se trouve depuis le début de l'année 1974 dans l'entourage direct du général Naga Teguegne, un des hommes clefs de la politique éthiopienne.

Il est indispensable de garder à l'esprit que l'ancien Secrétaire général aux Affaires Africaines et Malgaches joue toujours plusieurs cartes simultanément et parfois contradictoirement
.On a vu et on voit ses agents affronter souvent dans une lutte sans merci, engagés sur ordre dans des organisations antagonistes.

C'est ainsi que les hommes de Foccart et les agents du Then Wu (Equivalent chinois du SDECE) de Pékin collaborent étroitement dans leur assistance aux rebelles du Dhofar dans les sultanats d'Oman et de Mascate, et s'affrontent en Somalie, laquelle a des visées expansionnistes sur le Territoire Français des Afars et des Issas.

Par ailleurs, à l'autre bout de l'Afrique, et après des relations très inégales, le Gabon du président Omar Bongo est devenu la principale plaque tournante des réseaux Foccart. Ses sociétés commerciales ont multiplié les succursales gabonaises dont les effectifs sont aussi pléthoriques que ceux de certaines Ambassades.
Ainsi on retrouve à Mayumba (Gabon) un "attaché commercial" de la Comex Dif, Henri Maugueret. dont les huit collaborateurs ont vraiment une drôle d'allure. Il est vrai que Maugueret a fait ses classes au 11ème Choc puis a eu l'occasion d'appliquer les techniques apprises sur des terrains aussi divers que l'Amérique du Sud, le Cambodge et l'Afrique du Nord.

Au début 1975, un homme voyage sans arrêt entre Owendo, Franceville et Booué au Gabon, Yaoundé ou Kribi au Cameroun.
Officiellement "attaché de direction" de la Comuf, la "Compagnie des Mines d'Uranium de Franceville", Charles Béranger est en réalité un des "pontes" du S.A.C. et des réseaux Foccart qui sont parvenus en seize années à imposer leur présence en Afrique, et dont le "patron", qui n'exerce plus aucune fonction officielle, continue à recevoir les chefs d'Etat africains et à leur rendre visite.
La Société Francexpa, spécialisée dans l'import-export de produits alimentaires, rayonne par l'intermédiaire de différentes filiales sur tous les pays de l'Afrique francophone.

Son principal administrateur est Gilbert Beaujolin qui a fait carrière dans les réseaux gaullistes depuis 1945.
Durant l'Occupation, il appartient au réseau "Alliance", dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, et y exerce les fonctions de trésorier.
On le retrouve auprès du général Pierre Guillain de Bénouville, l'homme lige de Marcel Dassault, et de Bourgès-Maunoury.
D'après l'une de ses camarades de résistance, " Belette ", "caïman" (c'était le nom de guerre de Beaujolin) eut quelques difficultés en 1945 pour justifier l'emploi de sommes extrêmement importantes, en or et devises parachutées.
L'affaire fut rapidement étouffée vu la qualité des bénéficiaires.

En 1971, Le Figaro publie un long article anonyme, sous le titre :

"Quels règlements de comptes politiques derrière la lutte des clans dans les services secrets ?" (Le figaro, 24 novembre 1971) :

"... M. Gilbert Beaujolin est gérant depuis 1939 de la "Société Beaujolin et Cie", président de 1954 à 1955 de la "Société française des distilleries de l'Indochine", de la "Société Soieries du Charme", de 1965 a 1967 puis de la "Société Holding Textile", depuis 1967, président de la "Compagnie fermière des eaux minérales d'Oulmes-Etat", vice-président des "Etablissements Sax-by", administrateur de la "Société Francexpa" et de la "Sociétés Fit", président fondateur de "l'Amitié Chrétienne" et co-fondateur du "Cosor", membre du réseau "Alliance", secrétaire général du Comité des Anciens Chefs de Réseaux des Forces Françaises Combattantes.
M. Gilbert Beaujolin a axé, depuis 1945, une part importante de son activité sur les relations économiques avec les pays en voie de développement.

ll est membre fondateur (1959) du Mouvement dit des gauchistes de gauche. membre fondateur et président de la "Commission de contrôle et de discipline de l'Union de la Gauche Vème République" (1966) et membre du Comité de l'Institut Prophylactique de Paris.
Il est commandeur de la Légion d'Honneur, titulaire de la Croix de Guerre (39.45) française et belge, rosette de la Résistance, chevalier de la Couronne de Belgique, chevalier d'Orange-Nassau.

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Les pages 84, 85 et 86 de « B comme barbouzes »de Patrice CHAIROFF, édition AM Paris, donne d’impressionnantes précisions sur l’extraordinaire diversités des sociétés en tout genre.

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G.I. - On s’étonne ensuite que le F.L.N., après l’indépendance se soit accaparé de toutes les richesses pouvant leur rapporter de gros « bakchichs ».

Mais au fait, avec qui ont-ils négocié à Evian ???????????????
Un internaute arabe d’Algérie me disait dernièrement :

« Avec l’indépendance on a fait partir les bons et ils ont gardé les mauvais ;
JAMAIS NOUS SERONS UN PAYS MODERNE ».

Mais suivez le guide, l’Histoire des gaullistes n’est pas encore terminée.

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"Il est intéressant de noter que parmi les affaires de M. Beaujolin figurent la Société d'Equipement pour l'Afrique C.S.E.A.) et la représentation de Mercédès en Afrique Noire, activités qui semblent avoir été proches de celles de M. jacques Foccart avant 1958 ..."

Ce dernier s'empresse de démentir toutes relations d'affaires avec Beaujolin dont il prétend :
"... avoir fait la connaissance après 1958 à l'occasion de rencontres fortuites et ne pas l'avoir rencontré depuis dix-huit mois ou deux ans..." (Le Figaro, 24 novembre 1971).

Ce démenti est infirmé par tous les recoupements effectués sur les sociétés qui se partagent le marché africain pour le compte des réseaux de barbouzes.

Gilbert Beaujolin, alias "Caïman", n'a cessé depuis la Libération de jouer le rôle de trésorier commencé dans la clandestinité en 1942, comme le confirme le fondé de pouvoir (Témoignage recueilli à Paris, avril 1974) d'une grande banque de la place Vendôme, ancien collaborateur des réseaux financiers « Foccart »qui a désiré conserver l’anonymat :

... « Gilbert Beaujolin
n'a pas attendu l'arrivée ou plutôt le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 pour reprendre le rôle de financier occulte qui est le sien depuis toujours ... toujours dans l'ombre, Beaujolin a redistribué depuis vingt-cinq ans des sommes énormes à différents partis et mouvements politiques de la IVème puis de la Vème République en utilisant des circuits bancaires, y compris le nôtre, dont il a une parfaite maîtrise...

Les sociétés qui ont été systématiquement jetées sur l'Afrique et les pays du Tiers Monde par les réseaux Foccart permettent également le rapatriement de sommes gigantesques drainées sur plusieurs continents par le trafic systématique de la fausse monnaie, en particulier les dinars algériens, les francs C.F.A., et les dollars américains et canadiens ...

Un trafic de fausse monnaie dans lequel les officiels de différentes banques jouent un rôle de premier plan ...

je peux vous dire qu'en juin 1973, un rapport très détaille a été établi par deux inspecteurs des services extérieurs d'une importante banque d'affaires. Ce rapport de 73 pages mettait nominativement en cause des directeurs de banques en poste en France et à l'étranger, deux hauts fonctionnaires du service du contrôle des changes, un contrôleur général de la police anciennement en poste à Marseille et deux douzaines d'hommes de paille, de gérants et de dirigeants de sociétés d'import-export sévissant en Afrique.

Ledit rapport fut transmis en double exemplaire, l'un au ministère des Finances (de Giscard d Estaing), l'autre au ministère de l'Intérieur (de Marcellin) ...

Officiellement, il n'y a aucune trace dans les dossiers de ces ministères de ce document accablant qui semble s'être volatilisé ...

Bien évidemment il n'y a eu aucune suite légale contre les trafiquants de fausse monnaie mais par contre les deux auteurs du rapport ont été mutés à des postes de second plan : l'un à Madrid, le second à Vienne (Autriche) » ...

Pour en revenir à Beaujolin et au type de sociétés qu'il anime, disons que ces circuits commerciaux ont servi de paravent depuis la Libération au patronat français qui a pu ainsi discrètement alimenter ou assécher les caisses noires des partis politiques.
Et cette méthode, inaugurée sous la IV' République, est toujours de mise de nos jours et une des sociétés de Beauiolin, la Francexpa, est le véhicule privilégié de ces subventions (30)...
Là aussi, un rapport extrêmement détaillé existe, une véritable charge de dynamite, mais pour les raisons exposées plus haut, il n'a jamais vu le jour dort dans un coffre bancaire ...

Le trafic d'armes au niveau gouvernemental est aussi une des activités principales du groupe Beaujolin et de ses satellites, Barracuda-France et Astra mar (31) et Intergros, avec évidemment des complicités de premier plan ...
Ces sociétés contrôlent un gigantesque trafic mondial de "end users certificates", certificats contenant la définition technique du matériel et assurant qu'il est destiné au pays destinataire qui s'engage à ce que ces armes ne soient pas réexportées ...
L'Astramar, l'Intergros ou la Barracuda-France, toutes inféodées au groupe Beauiolin. procurent des "end users certifiates" de complaisance, moyennant une commission de 7 % du total de la facture ...
De nombreuses opérations de ce genre ont transité, et transitent par notre établissement ...
En 1974, on peut considérer le groupe Beaujolin comme l'épine dorsale financière des réseaux Foccart ..."

Les sociétés commerciales, plus ou moins fictives, rayonnant sur l'Afrique et le Tiers Monde sont doublées par des organismes privés ou para-officiels, tels le "Bureau pour le Développement de la Production Agricole" ou B.D.P.A. longtemps dirigé par le colonel Roger Barberot. Ce dernier, qui fut ambassadeur en République Centrafricaine (de 1960 à 1965), a été maintes fois dénonce par les services du général Bokassa, le président centrafricain, pour avoir pris une part très active à la "foccardisation" de l'Afrique Noire et pour avoir confondu son ambassade avec un nid de barbouzes.

On a longuement parlé du colonel Barberot et du B.D.P.A. au moment du scandale du C.A.D.I.R., le "Comité d'Aménagement et de Développement de l'Ile de " fondé par Philippe Dechartre, à l'époque secrétaire d'Etat au travail, à l'emploi et à la population. Trésorier du C.A.D.I.R., Beaujolin exerçait aussi les fonctions de "conseiller technique" au sein du B.D.P.A. par lequel passaient les marchés de Fancexpa.
Enfin, le B.D.P.A. et Roger Barberot etaient les employeurs du trafiquant de drogue Roger Delouette, arrêté à New York avec un chargement de 44 kilos d'héroïne. Cette interpénétration entre des sociétés commerciales (Francexpa), des associations sans but lucratif (C.A.D.I.R.), des organismes para-étatiques (B.D.P.A.), est une caractéristique essentielle des réseaux parallèles.

Ainsi se constituent de véritables chasses gardées, réservoirs d'hommes et de capitaux, dans lesquels puisent les responsables des réseaux Foccart comme Morichot- Beaupré, Delalonde ou Asselin.
Autre personnage très important de la branche financière des réseaux Foccart : Richard Vautier.
Mis en vedette dans l'affaire de I'E.T.E.C., il a joué un rôle de premier plan tant auprès de Moïse Tschombé, que du président de l'Union Minière du Haut Katanga, Jean-Baptiste Kibwe.
Richard Vautier a longtemps représenté une pièce maîtresse sur l'échiquier africain de Jacques Foccart.

Un agent américain précise le rôle réel de Achard Vautier (Témoignage recueilli a Athème octobre 1971) :

« …Richard Vautier et son équipe spécialisée, Franz Muttelheim, Richard Lévy, Bob Reiter et Paul Bouttet, contrôlent depuis des années une partie très importante du trafic international des diamants, pour le compte de groupes financiers à la limite de la politique et du banditisme international ...

Vautier et ses hommes opèrent pour le compte des services spéciaux gaullistes...

Paul Bouttet est le principal collaborateur de Vautier dans ce trafic qui laisserait complètement indifférents nos services si des informations vérifiées ne nous permettaient d'affirmer que des bénéfices extrêmement importants sont réinvestis dans un autre trafic, qui lui nous passionne : celui de l'héroine ..."

Paul Bouttet, bras droit de Vautier, c'est un ancien "chargé de mission" du B.D.P.A.

Cet organisme semi-officiel est l exemple type de réseau gaulliste implanté à travers le monde et dont la fonction officielle, qui est de développer la coopération technique avec les pays du Tiers Monde, sert de couverture à des agents très spéciaux.

...Comme le confirme Bernard G... (Témoignage recueilli à Paris en mai 1974), authentique ingénieur agronome :

"... Je vous précise tout de suite que je n'ai jamais été, ni ne suis une
barbouze!...
j'ai été chargé d'une mission agricole très importante en Côte d'Ivoire pour le compte du B.D.P.A.
... Une semaine avant mon départ j'ai été invité à déjeuner au "Don Camilo" (Club des vieux de la vieille) par le Directeur général adjoint du bureau qui m'a présenté à un certain Masson (Selon nos informations iI s'agirait de Paul Massons préfet et ancien membre lui-même du B.D.P.A. Paul Masson manipulerait un réseau parallèle dont la direction est confiée à Bistos ancien membre du cabinet de Jacques Soustelle en Algérie et animateur de commandos anti-O.A.S. Le restau Masson/Bistos qui comprendrait également Pierre Pascal, antenne du S.D E.C.E. auprès de Pierre Messmer (alors ministre des Armées et ancien chef de cabinet du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas a joué un rôle important dans la réorganisation des ventes internationales d'armes, sous la houlette de Michel Debré)
…Après avoir bavardé de problèmes techniques concernant ma mission, M. Masson a insisté sur le fait qu'au cours de mes activités je pouvais prendre connaissance d'informations capitales pour le pays dans le domaine économique et politique, des informations que son service était habilité à recueillir ... il m'a dit aussi qu'en fonction des informations transmises, des contreparties financières importantes me seraient offertes ... Bref, il m'a fait un discours un œil sur la ligne bleue des Vosges l'autre sur le carnet de chèques ...
J'ai accepté son offre et il m'a fait remettre la veille de mon départ à Abidjan une liste baptisée "liste d'objectifs prioritaires", des objectifs qui n'avaient strictement rien à voir avec mes fonctions au B.D.P.A.
... J'ai également été muni d'un contact qui se trouvait être un très proche collaborateur de Jean-Raphaël Leygues. notre ambassadeur en Côte-d'ivoire... j'ai su par la suite que cet individu qui se faisait appeler Jean Bernardin était un responsable local très proche de Jacques Foccart ... ma plus belle surprise m'a été réservée par ce Bernardin lors de ma troisième remise de documents : la rencontre avait lieu à Bouaké ... je remets une série de renseignements à Bernardin qui devait alors me payer 2.000 dollars représentant la précédente livraison ... jugez de mon ahurissement lorsque cet agent m'a déclaré : "Si vous êtes d'accord, mon vieux, pour être payé en faux dollars au lieu des vrais, je peux vous en remettre 10.000 au lieu des deux mille. Rassurez- vous, ils sont de première qualité "... J'ai refusé, bien sûr, et j'étais tellement ébahi que l'ai demandé a être réglé en francs français ... vous pouvez imaginer la pire des cuisines qui se déroule en Afrique sous le couvert de la "coopération" et vous resterez encore en deçà de la vérité!..."

Le B.D.P.A. n'est pas seul en cause. Particulièrement active en Afrique Noire est la société « Ascot » (Assistance et Coopération Technique).

Ceci éclaire un peu plus les activités annexes des réseaux parallèles.

D'autres collaborateurs de l'Ascot permettent de relier directement cette société à la trame complexe des réseaux Foccart.

Un des hommes de confiance de Jacques Foccart, Morichot-Beaupré, joue. entre novembre 1970 et mars 1971, un rôle de premier plan dans la sélection des agents de l'Ascot qui effectuent différentes et importantes missions en Algérie et au Tchad.
De même, des agents reconnus de l'organisation Foccart, comme Philippe Roussillon, Raymond Meunier ou Christian Pradel, accomplissent diverses missions sous la couverture de l'Ascot.

Les activités des réseaux Foccart ne se limitent pas au continent africain. Philippe Rossillon, ancien élève de l'Ecole Nationale d'Administration, animateur du groupe des "pianistes" de "Patrie et Progrès", avait été chargé par les services de Jacques Foccart d'entretenir la tension au Canada en utilisant les mouvements séparatistes du Québec.
Rossillon parcourut les différentes provinces canadiennes avec d'autres agents de Foccart, comme Edgar Chaumette, Jean-Luc Gaillardère et
Tom Bailby.

Il établit des contacts très étroits avec le Front de Libération du Québec et d'autres mouvements comme celui d'Adrien Arcand.

En 1968, Philippe Rossillon est arrêté par les services de police canadiens et immédiatement désavoué par ses employeurs.

Selon certaines informations, Rossillon aurait été confondu par des preuves aimablement fournies par ses propres patrons.

Comme le répétait Beria, "un agent grillé n'a pas mérité d'exister".
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Passage supprimé par décision de Justice (ordonnance du 15-12-75)

ET POUR FINIR

Ce culte du chef, matérialisé dès l’adhésion au S.A.C. par la prestation de serment se manifeste dans toutes les relations militants/direction.

Paul Mouton, adjoint de Kappé, le précise au point numéro 7 de la brochure remise aux adhérents :

Nous sommes tous soumis à une autorité hiérarchique. Pour nous militants du S.A.C., la hiérarchie c'est tout. Notre chef, le Général De Gaulle, a délégué ses pouvoirs au secrétaire général auquel il adresse ses instructions. Les ordres que vous recevrez dès aujourd'hui de votre chef de groupe sont à considérer comme émanant directement du Général, notre chef à tous. Ses ordres vous parviennent par l intermédiaire du secrétaire général, des chargés de mission, du chef régional, du chef départemental et de votre chef de groupe. Un ordre du chef de groupe ne se discute pas. On obéit.

Quand vous monterez vous-même dans les échelons de la hiérarchie, vous comprendrez mieux combien l'obéissance totale et immédiate aux ordres du chef de groupe est indispensable. Vous n'avez pas adhéré à un pensionnat de Jeunes filles ou à un club de pêcheurs à la ligne. Ici on ne discute pas les ordres. on obéit. Cette obéissance n'a d'ailleurs aucun caractère humiliant puisqu'elle est librement acceptée, puisqu'elle n'exprime que le libre et déférent hommage d'un militant à ses chefs ...
Vous ne trouverez d'ailleurs au S.A.C. aucune trace de cet humiliant tutoiement automatique de règle dans les organisations marxistes..."

L'émancipation féminine n'échappe pas non plus aux préoccupations du S.A.C., comme l'illustre une déclaration de Gilbert Sinibaldi, chef de groupe parisien (Témoignage recueilli le 27 décembre 1973) :

"... Nous commençons à en avoir assez de ces pisseuses qui se mêlent de tout et qui feraient mieux de faire leur vaisselle et de torcher leurs mioches ... Il nous faudra, si cela continue, monter des sections pour libérer les rues des garces du M.L.F. qui les encombrent ..."

L'élévation de pensée et l'ouverture d'esprit sont évidentes, mais il ne s'agit pas seulement d'une boutade puisque, dans le courant de l’hiver et du printemps 1974, plusieurs cars du M.L.A.C. sont attaqués par des commandos encadrés par des hommes du S.A.C.



 
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