CONFÉRENCE
DE BRAZZAVILLE
Personnalité et Moralité de
De Gaulle dejà en Février 1944 |
Ce qu'ils disent
sur la conférence
de Brazzaville
fait tomber en
pâmoison nos historiens officiels.
(Tiré
d'un excellent livre: "Les Citations expliquées"
dans la Collection Marabout, de
Paul Désalmand et Philipp Forest 1997)
Recueilli par PA.
Barisain
PRINCIPE ENONCÉ au DÉBUT
DES RECOMMANDATIONS ADOPTÉES par LA CONFÉRENCE DE BRAZZAVILLE
( 30 Janvier- 8 Février 1944):
Les fins de l'oeuvre de civilisation accomplie par la
France dans les Colonies, écartent toute idée d'autonomie, toute possibilité
d'évolution hors du bloc Français de l'Empire.
La Constitution éventuelle, même lointaine de self-gouvernements dans les
Colonies est à écarter.
" Laurent Gbagbo, professeur d'histoire ivoirien ( Côte
d'Ivoire), alors qu'il faisait une conférence dans une ville de son pays, fut
très étonné de constater que les lycéens qui l'écoutaient avaient une
vision complètement erronée de ce qu'avait été la Conférence de
Brazzaville. Ces jeunes auditeurs, imités en cela par la majorité des
adultes, pensaient que le Conférence de Brazzaville avait été réunie
pour décoloniser l'Afrique Noire. Certains pensaient même que De Gaulle
y avait invité l'ensemble des leaders africains.
Or, cette vision de la Conférence de Brazzaville ( 30 Janvier -8 Février
1944) est complètement fausse. Comme le montre la phrase citée en
exergue, il ne s'agissait en aucune manière de décoloniser l'Afrique Noire,
mais bien au contraire de réaffirmer la cohésion de l'Empire colonial français
face aux aspirations nationales et aux menées de l'URSS et des USA.
Soucieux avant tout de réaffirmer l'Etat, De Gaulle
n'avait invité ni les colons, ni les Africains. Ceux-ci furent donc absents
d'une conférence qui devait décider de leur sort, ce qui est assez lourd de
signification. Seul fut convoqué à Brazzaville , le personnel administratif.
Comprenant qu'il s'était créé, après coup, un véritable
mythe au sujet de cette conférence, Laurent Gbabgo entreprit de rétablir
les faits dans un livre-Réflexions sur la Conférence de Brazzaville,
publié par les éditions Clé à Yaoundé en 1978
En janvier 1944, au moment où s'ouvre la Conférence, on sait que sur le plan
militaire, la situation de l'Allemagne est bien compromise. Sa capitulation à
Stalingrad le 2 Février 1943 et la préparation du Débarquement allié
permettaient d'envisager une issue heureuse pour les démocraties.
Mais la France est profondément affaiblie et sa défaite éclair a
partiellement ruiné son prestige dans ses colonies. De Gaulle, président
du Comité Français de libération Nationale ( CFNL), installé à Alger, éprouve
le besoin de réaffirmer l'Empire.
L'examen des recommandations de la conférence réunie
à cet effet, ne laisse aucun doute, en dépit de quelques formules ambiguës.
Une certaine autonomie pouvait être accordée en ce qui concernait le gestion
" de leurs propres affaires", mais , pour l'essentiel, le rôle de
la Métropole devait rester prépondérant; Il n'était question ni d'indépendance,
ni d'une quelconque décolonisation. Il suffit d'ailleurs d'examiner ce que
furent les statuts de l'Union Française (1946) et ceux de la Communauté
-1958- pour comprendre que De Gaulle a toujours freiné des 4 fers pour
empêcher la dislocation pourtant inéluctable de l'Empire. Voir en lui le
" Père des Indépendances africaines" est une vision
naïve et erronée. D'ailleurs tout le monde sait que l'indépendance ne se
donne pas, elle se prend.
On peut cependant se poser une question: comment se fait-il que le contresens
sur la Conférence de Brazzaville soit aussi répandu ? Plusieurs éléments
de réponse peuvent être avancés. Tout d'abord, peu après cette conférence
, les colons se réunirent à Douala ( Cameroun) dans le cadre de ce qu'ils
appelaient les "Etats Généraux de la Colonisation".
Vexés de ne pas avoir été invités à la Conférence
de Brazzaville, ils se déchaînent contre ses travaux. cette animosité
des colons a pu laisser penser aux Africains que la Conférence était
effectivement riche de promesses. Par ailleurs, ces Africains faisaient
confiance à la mère patrie, ils venaient de se battre à ses côtés pour la
liberté, l'égalité et la fraternité et imaginaient mal qu'on puisse les
maintenir au rang de "sujets".
D'une certaine façon, ce qui fut facilité par la
faible diffusion des recommandations de la Conférence, ils prirent leurs désirs
pour des réalités.
Il faut ajouter qu'une confusion s'installe parfois dans les esprits des
personnes mal informées à propos de Brazzaville. Celles-ci confondent la
conférence de 1944 et le discours que De Gaulle fait le 24 Août 1958
à Brazzaville qui précéder le referendum de Septembre 1958. dans le
discours qu'il prononce ce jour-là, il admet la possibilité d'une accession
à l'indépendance...
Le langage y était cette fois claire. Mais en 1958, De Gaulle ne
devance pas l'évènement. La Loi-Cadre (1956-1957) avait mis en place les
structures qui préparaient la marche vers les indépendances. De Gaulle,
en réaliste, se résignait à l'inévitable. Et l'attitude qui fut la sienne
vis à vis de la Guinée - honteuse, il faut bien le dire - après le non de Sékou
Touré, montre bien que si il fut le " père des indépendances",
ce fut à contre cœur.
L'Homme de Brazzaville n'a donc pas devancé l'histoire de la décolonisation
mais il l'a suivi en traînant les pieds.
La Conférence de Brazzaville fut la conférence
du donner et du retenir. Quant à la Communauté -1958- elle était si inadaptée
à la situation que, telle la tapisserie de Pénélope, elle ne cessa de se défaire
en se faisant. "
Fin de citation
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